Des abeilles et des hommes

Loïc Agriculture, Edition 2019, Environnement, Nouvelle-Aquitaine

Vendredi 02 août, trajet très vallonné entre Saint-Estèphe et Saint-Pierre-de-Frugie, les longues montées permettant de prendre tout le temps de profiter du soleil. Les pauses graines sont salvatrices, les dernières physalis aussi, avant une arrivée à l’écocentre du Périgord pour l’heure du repas.

L’écocentre du Périgord

Au programme de l’après-midi, une première découverte du site avant la journée de repos de demain. L’histoire du site est agricole, et le bâtiment de formation à l’écoconstruction qui jouxtait l’exploitation a donné l’idée d’un bâtiment dédié, devenu l’écocentre du Périgord. Bâtiment pédagogique, construit comme un démonstrateur et en s’appuyant sur des chantiers participatifs, il accueille des formations sur l’éco-construction (et fonctionne sans aucune subventions, ce qui mérite d’être mentionné !). L’écocentre est également jouxté d’un jardin en permaculture, et verra aussi bientôt l’installation d’un tiers-lieu (espace de coworking, de rencontre pour des associations, de repair café, etc). Enfin, il a également pour voisin un éco-hameau, du fonctionnement duquel nous avons pu avoir une présentation, en écho de celle d’Ecoyeux en début de semaine.

Habitat groupé, éloge du collectif

Né en 2011 de l’idée d’une salariée de l’écocentre, l’éco-hameau compte 10 maisons et de nombreux espaces partagés : un bâtiment commun (avec laverie, chambres d’amis, etc), un jardin, et même une voiture. Comme souvent dans un projet d’habitat groupé, les têtes ont changé depuis le projet initial, mais les principes sont restés.

En particulier, la plus grande attention a été portée au non-enrichissement et à la non-spéculation : à cette fin, une SCI a été créée, et les propriétaires sont en fait à la fois sociétaires de la SCI (les valeurs des parts sociales correspondant à celles des maisons) et locataires de fait de leur maison auprès de la SCI. Le montage permet de mettre toute revente de maison (en fait, cession de parts de SCI) sous le contrôle de l’ensemble des autres habitants-sociétaires restants, et de faire ainsi barrage à une tentative de plus-value (le cas s’est présenté, et a été traité comme cela avec succès). Autre idée forte : pour limiter les freins à l’installation dans l’éco-hameau, il y a en plus des propriétaires-sociétaires des personnes qui sont seulement locataires de leur logement, induisant une plus grande souplesse.

Suite des explications sur le volet technique de la construction au programme de demain !

Abeilles sauvages, éloge du laissez-faire

Suite du programme de l’après-midi avec Valérie et Philippe, de l’association 1001abeilles, et une présentation sur le sujet des abeilles sauvages (à entendre au sens large des hyménoptères qui regroupent abeilles, guêpes, etc). Au-delà de l’abeille domestique connue de tous, on retrouve en fait un millier d’espèces différentes sauvages, essentielles à la richesse de la biodiversité, qui repose sur la pollinisation de ces insectes mal connus. Sept fois plus efficaces que les abeilles domestiques, nous avons pu voir ces espèces sauvages entrer et sortir de leur terrier, des trous dans le sol presque invisibles où les individus passent l’essentiel de leur vie, avant quelques semaines à quelque mois de sorties à l’air libre.

Le constat, dramatique, est bien connu : 75% de perte de biomasse d’insectes volants en l’espace de 30 ans, dû aux pesticides mais aussi beaucoup au manque de nourritures, les fleurs. Elles dépendent de sols paradoxalement pauvres (les sols trop riches en azote ne font pousser que des graminés), et la clé repose comme souvent sur la sobriété : laisser pousser les plantes sauvages (locales, de fait) plutôt que chercher à installer des « jachères fleuries » non adaptées ; faucher et ne pas tondre ; en un mot, laisser s’étendre et pousser la flore sauvage, et la faune suivra. À ce titre, la visite est aussi l’occasion de déconstruire quelques fausses bonnes idées, parmi lesquelles les hôtels à insectes (adaptés à très peu d’espèces, et qui jouent un rôle de concentrateur, sensible aux maladies et aux prédateurs) ou la surabondance récente de ruches dans les grandes agglomérations (où le manque relatif de fleur se fait ressentir).

En milieu rural, l’ennemi s’appelle le jardin particulier, précisément tondu et entretenu, pas plus accueillant qu’une voirie de béton pour les abeilles. Si les collectivités commencent à prendre de bons réflexes dans les espaces publics, c’est bien dans les jardins (un million en France !) que devront être déployés les plus grands efforts de pédagogie pour enrayer l’effondrement en cours.