Emmaüs Lescar-Pau, un fonctionnement fascinant

Mathieu Edition 2019, Consommation, Environnement, Habitat, Nouvelle-Aquitaine, Transverse

Réveil au Castel sur les coteaux de Jurançon , magnifique domaine perché sur les hauteurs où l’on aperçoit les Pyrénnées. Rendez-vous à 10h pour le café avec les compagnons du Village Emmaüs Lescar-Pau. Pour s’y rendre, il faut descendre la belle pente rejoignant le centre de Jurançon, l’occasion pour ma part d’apprendre à freiner et à changer de plateau ! c’est un début…, Paul en serre-fil et Jean m’ont apporté tout leur soutien. Arrivé.e.s au village Emmaüs, annonce au micro : « L’épicerie est ouverte, vous pouvez vous servir en viennoiseries » Durant la matinée, on entendra plusieurs annonces dans les hauts-parleurs car il s’agit d’un site étendu, une micro-société avec ses propres règles. Un village donc… avec des maisons, un maire, une ferme… Une particularité à Emmaüs Lescar-Pau qui se distingue des autres communautés Emmaüs. Avoir sa maison c’est permettre un équilibre entre vie collective et personnelle. Une architecture d’ailleurs atypique où toutes les fantaisies sont permises. Pour faire construire sa maison, les compagnons ont une liberté quasi totale et cela ne nécessite aucun apport financier. Pour avoir une idée, on peut découvrir le village dans le film de Benoît Delépine I feel good mais aussi dans le documentaire de Dominique Gautier Emmaüs, un village, un projet politique.

La visite guidée par un compagnon nous montre l’ensemble du circuit des objets déposés par les habitants des alentours. La première étape de ce circuit est la déchetterie où le travail consiste à trier et « dispacher » par domaines : électronique, électro-ménager, jouets, livres, meubles, literie,
vélos…
Ensuite, direction les ateliers, 60 % des dépôts rejoignent la recyclerie, uniquement les objets remis en état facilement. Aux ateliers, on répare et nettoie puis on envoie à la vente. Chacun a un poste dédié avec ses spécificités. Par exemple, dans l’atelier électronique, une personne se charge des téléphones mobiles, une autre de l’audiovisuel (magnétoscopes, home cinéma), une autre encore du matériel son (amplis…).
A l’atelier, il y a un référent qui souvent a un statut différent, il est salarié ; cette personne apporte son expertise, ses compétences dans le domaine. De plus, le salarié remplit un rôle d’accompagnement et de réinsertion. Les compagnons peuvent ainsi acquérir de nouvelles compétences et se spécialiser dans un secteur. Nous visiterons l’ensemble des ateliers. Au tri des livres, les plus abîmés partent à la benne et sont recyclés en ouate, matériau par la suite utilisé pour la construction des maisons du village.

Un village en éco-construction donc, ils travaillent avec une scierie locale au fonctionnement « raisonné et responsable ». Tous les compagnons travaillent, un principe de base chez Emmaüs, cependant, les postes doivent
être adaptés aux capacités et aux moyens de chaque personne.
Emmaüs est ouvert à tous même s’il s’agit en réalité de personnes en situation de grande précarité pour la plupart. Quant à notre guide, il précise que pour sa part, il s’agit d’un choix, il a tout à fait la possibilité de travailler ailleurs. Rejoindre Emmaüs en tant que compagnon c’est accepter de
travailler en l’échange d’un loyer et repas puis chacun perçoit un pécule en fin de mois qui s’élève environ à 400 euros. L’inscription au Pôle Emploi et la perception d’un RSA est incompatible avec leur statut. Une compagnon nous précise aussi que les femmes sont minoritaires de même que les familles.
On termine la visite avec l’épicerie bio et/ou locale, le resto semi-gastronomique puis le bar « Alternatibar »

Un village au fonctionnement plutôt fascinant, nous serons plusieurs à exprimer le désir d’y venir pour plusieurs jours, pour s’immerger, prendre le pouls de cette « utopie » en marche. Les curieux peuvent venir en stage ou rester quelques jours en contribuant à la vie du village.
En novembre ce sera les 70 ans d’Emmaüs, de nombreux articles, reportages paraissent sur le sujet, certains d’ailleurs assez critiques sur leurs modes de fonctionnements ; c’est ainsi l’occasion d’aller voir de plus près !

Mélanie