Entre deux danses de la pluie

Jonas Edition 2020, Témoignages, Culture

Départ du Moulin Bleu. 9h15, un peu en retard. Ce retard. Une première. Enfin, je crois. Mais, c’est aussi le premier jour où je suis référent-e vélo. Est-ce-que ce nouvel engagement pour la collectivité aiguise mon sens, généralement peu développé, des horaires ? Ces horaires. Les horaires du groupe.

Non, il y a quelque chose qui nous retient. Autour de ce moulin. Ici, à l’entrée de cet amas de bâtisses. Bâtisses aux dimensions industrielles. Bâtisses ou il règne une atmosphère de prélude. Un prélude précipité par le confinement. Un prélude qui a déjà permis la mise en place de quelques installations originales. Comme ces douches chauffées par… le caca.
Oui, il y a quelque chose qui nous retient. Autour de ce moulin.

Serait-ce la pluie de cette nuit qui nous a ramolli? Ou encore ces risques d’averses? Cette rumeur persistante qui se propage dans notre groupe. Ou bien, cette route du jour, annoncée comme vallonnée.  Comme cette côte, que l’on aperçoit, depuis l’entrée du moulin. Cette côte. Cette côte qui décourage les cuisses fatiguées. Mais qui aussi appelle ceux qui aiment la montée d’adrénaline de l’effort physique. Comme moi. Comme Casimir, aussi. Le grand frère de Prosper. Le fils de Claire et Marius. Casimir qui se presse dans le groupe de tête pour récupérer la première flèche. Cette flèche humaine que l’on fait chacun à notre tour pour indiquer le chemin au groupe. Casimir qui, une fois l’ensemble du groupe guide, s’amuse à remonter le peloton. Comme une étoile. Qui file, qui file.

Arrivée au Cheptel Aleïkoum

Une fois la côte passée, Marie et moi, dans le groupe de tête, entamons une conversation. Une conversation qui durera tout le trajet. Une conversation des gens qui se connaissent. Marie est la seule d’entre nous qui aura suivi toute l’aventure. Du début à la fin. Sans petite pause. Dans un airbnb. Ou chez des amis. Les villages défilent. Et finalement, le panneau Saint Agil. Marie me dit, c’est ici. Terminus du jour! Déjà ? On est en avance finalement. On se paye le luxe d’installer nos tentes dès le midi. Entre deux averses qui ne semblent pas si menaçantes. A ce moment-là. Mais, les choses se gâtent lorsque l’on rejoint nos hôtes. Nos hôtes. Ces circassiens de Saint Agil. Il faut bien un village agile pour y avoir accueilli ce cirque.

Le Cheptel Aleïkoum. Ce cheptel, un véritable catalyseur d’initiative. Un catalyseur, pour ceux qui veulent valoriser l’art et l’artisanat. Comme cette autrice qui nous conte les beaux mots de Georges Sand. Entre deux danses de la pluie. Pluie qui, à la fin de la soirée semble avoir continué sa route. Alors que nous, nous l’avons arrêté. Et mis de côté notre vie à 10 kilomètres par heure. Pour faire partie, pour deux jours tout du moins, de ce Cheptel.  

Céline