Les Familles Papillons contre une usine de l’industrie nucléaire

Philippe Édition 2017, Environnement, Énergie, Occitanie

L’AlterTour 2018 passera par Bure
L’été prochain, l’AlterTour passera par le village de Bure, dans la Meuse, pour rencontrer et soutenir les opposants au projet d’enfouissement des déchets nucléaires ultimes. Cette lutte emblématique révèle non seulement l’impasse funeste dans laquelle nous mène l’industrie nucléaire, mais aussi et surtout le retour d’une contestation populaire contre le nucléaire qui resurgit  partout en France. Une autre lutte, moins médiatique mais tout autant populaire, mérite d’être mieux connue et largement soutenue.
A Narbonne, les Familles Papillons contestent une usine de l’industrie nucléaire
C’est à Narbonne, presque à l’autre bout de la France, qu’arrive par train la totalité du minerai d’uranium raffiné destiné à l’industrie nucléaire civile et militaire française,  plus précisément sur le site bien nommé d’Areva-Malvési (qui signifie « mauvais voisin«  en occitan). Il y a moins d’une année, un groupe d’habitants de Narbonne et environ s’est formé, sous le nom des Familles Papillons, pour s’opposer à la construction d’une nouvelle usine destinée à traiter les déchets issus de la transformation du minerai en combustible pour les centrales atomiques. Depuis son démarrage en 1958, le site a produit des centaines de milliers de mètres cubes de déchets liquides stockés dans des bassins à ciel ouvert, distants de quelques kilomètres seulement du centre de Narbonne. Aujourd’hui, ces bassins menacent de déborder et une solution doit donc être trouvée de toute urgence. On constate ici avec admiration combien l’industrie nucléaire est capable d’anticipation !
Les terre agricoles voisines pourraient être menacées de pollution
L’usine contestée est destinée au traitement des nitrates (d’où son nom TdN-Thor) et ne devrait donc pas provoquer de dissémination radioactive. Mais rien n’est moins sûr, car il y a quelques années, des paysans ont constaté la présence d’éléments radiotoxiques hautement inquiétants dans leurs champs. Areva, prise la main dans le sac, avait dû admettre qu’elle avait mené des expériences pour recycler des déchets nucléaires qui contenaient notamment du… plutonium, qui s’était retrouvé par inadvertance dans certains bassins, puis, par infiltration, dans les sols avoisinants. On ne sait donc pas quelles surprises nous réserveront les bassins contenant les nitrates.
De nouvelles mobilisations seront décisives
Avec les associations et collectifs écologiques et anti-nucléaires locaux, les Familles Papillons ont appelé à plusieurs reprises à manifester, avec à chaque fois plusieurs milliers de participants présents. Ces succès populaires ont certes ralenti quelque peu le processus décisionnel, mais le préfet de l’Aude a finalement accepté le projet de nouvelle usine en fin d’année passée. Les opposants comptent maintenant sur la présidente de la région Occitanie, qui s’est publiquement opposée au projet, pour empêcher la réalisation de cette perfide usine. De nouvelles mobilisations populaires seront également indispensables pour faire plier cette industrie mortifère et leurs larbins de l’Etat. Le 22 juillet dernier, l’AlterTour est passé par Narbonne et en a profité pour sympathiser avec une vingtaine de membres des Familles Papillons lors d’un copieux pic-nic . Sûr que s’il le faut, nous reviendrons prêter main forte à ces vaillants citoyens qui aspirent à construire un avenir plus sain, plus sûr et plus solidaire ! Il faut savoir que si le complexe industriel de Malvési traite 100% du minerai d’uranium destiné à la France, il fournit aussi 75% des besoins mondiaux en combustible nucléaire. Ce site est donc hautement stratégique et son arrêt aurait des répercussions considérables sur l’ensemble de la filière nucléaire. De quoi donner des idées pour des solutions vraiment efficaces.
revue Z n° 6, enquêtes et critique sociale du nucléaire,  automne 2012