La transition de nos modes de vie, comment convaincre ?

Vincent Agriculture, Édition 2018, Consommation, Grand Est, Environnement, Lutte

Nous commençons la journée de ce 30 juillet en rejoignant le petit village d’Haussimont depuis celui de Oyes, 33 petits kilomètres de route qui sillonnent des champs de céréale à perte de vue. Depuis que nous avons quitté Paris, nous réalisons que les initiatives innovantes ne sont pas foison dans cette région…L’avantage, c’est que cela nous permet de nous offrir une après-midi de libre.

Après avoir succombé à un déjeuner toujours aussi délicieux, certains s’enfouissent dans leur hamac ou leur tente, tandis qu’un petit groupe décide d’aller explorer le jardin du village. Là-bas, assis à l’ombre en dégustant des groseilles fraichement cueillies, nous sommes un petit groupe de 3 à reprendre une discussion qui avait commencé quelques jours plus tôt alors que nous étions en selle… Comment aborder le débat sur la question des alternatives et de la transition de son mode de vie, avec des personnes n’étant pas du tout dans ce type de dynamique ? Comment semer des graines pour que la transformation sociétale s’opère de manière globale ? Quels arguments, quelles postures peut-on adopter ? Nous discutons entre nous, et puis surgis l’idée de proposer un atelier de  « théâtre forum » au groupe. Pourquoi ne pas mimer une scène imaginé (mais réaliste), et ouvrir ainsi le débat et faire surgir les idées au sein même des altercyclistes ?

Car l’AlterTour, c’est aussi cela, un programme qui permet que les participants eux même proposent un atelier ou une discussion qui leur tiennent à cœur. Qu’à cela ne tienne, nous voici donc 30 minutes plus tard, une vingtaine assis en cercle et « action » ! Imaginez-vous en coloc, certains veulent faire leur courses uniquement en magasin coopératif et AMAP, tandis qu’un des coloc n’est pas tout ouvert à cela… ! Après une petite heure de jeu/discussion, nous notons l’importance d’une posture non-agressive pour permettre la discussion. Etre à l’écoute de l’autre, écouter ses arguments, donner des exemples personnels et concrets, parler en « je » et surtout, être dans la proposition plutôt que la dénonciation, sont des ingrédients qui peuvent permettre un cadre de discussion constructif.

Après ce chouette moment d’échange improvisé, nous accueillons Guillaume De Crop, altercycliste de longue date, qui vient présenter une conférence gesticulée intitulée « la colère paysanne » sur le thème des OGM. En effet, Guillaume est actif depuis plus de 20 ans au sein du collectif des faucheurs d’OGM, un mouvement qui dénonce la normalisation et légalisation des OGM et qui a choisi la désobéissance civile comme mode d’action. Profondément non-violent, ce mouvement rassemble des citoyens convaincu du danger médical et sociétal des OGM en France. Durant une bonne heure et demi, Yome partage son expérience personnelle en tant que faucheur de champs, allant de petits conseils pratiques pour reconnaître un champs d’expérimentation d’OGM aux sentiments éprouvés lorsque les petits groupes se rassemblent de nuit pour faucher des champs, ou reçoit le soutien d’activiste indien sur cette même thématique. Il apporte également des éléments techniques sur les OGM, des dates clés sur le développement politique de la question OGM en France et en Europe, et nous permet ainsi d’y voir un peu plus clair sur les enjeux autour de ces questions. C’est inspirant de rencontrer des militants, capable de partager leur convictions et leur vision de société. En effet, comme insiste Yome, la question des OGM est une question fondamentalement politique sur le modèle d’agriculture que nous souhaitons avoir : industriel et chimique, aux mains de quelques grandes firmes qui font de l’agriculture un commerce, ou bien une agriculture paysanne, naturelle, qui permette aux paysans de cultiver leur propres semences, valorisant ainsi la diversité des formes et des variétés.

Claire et Vincent