MagnyEthique : un portrait éphémère

AlterTour Auvergne-Rhône-Alpes, Edition 2020, Témoignages, Transverse

L’AlterTour, ruisselant de sueur après 1300 mètres de dénivelé positif, est arrivé ce jeudi 23 juillet, dans le château de MagnyÉthique ! Ce lieu, un habitat partagé en cours de rénovation, a offert aux 60 membres de notre groupe une halte agréable et pleine de rencontres, notamment le lendemain matin, pour notre journée de pause. En binôme, nous avons pris la précieuse tâche de rendre compte du fonctionnement de ce lieu, ainsi que de ce qui s’y vit, de ce que nous avons pu y découvrir. Nous avons dès lors voulu proposer une manière particulière de présenter ce lieu : à travers les regards de nombres de personnages qui s’y trouvaient. Cet article sera donc davantage le porte regard des gens qui le font vivre, qui le découvrent, qui le traversent.

Les ateliers du vendredi matin :

Pour commencer, nous avons eu droit, le vendredi 24 juillet au matin, à différents ateliers aux alentours du château, dont deux d’entre eux sont racontés par nos expertes de terrain, qui les ont courageusement suivis :

Atelier Épandage
« Nous avons expérimenté la vie de château, pas celle bien envieuse du châtelain, mais en travaillant en tant que bons serfs dans le potager en devenir. Potager en devenir, car il fête cet été sa première année et en est encore à sa phase expérimentale. En effet, les châtelains attendent pour l’heure les résultats d’un bureau d’étude spécialisé en permaculture. Notre mission, puisque nous l’avions acceptée, fut d’épandre du fumier sur une grande partie du futur potager, afin d’améliorer le sol. Les altercyclistes témoignent : « épandre du fumier ? on en a chié », dit Michel. « On était dans la merde jusqu’au cou! » complète Antonin, et c’est le cas de le dire, pardon, le caca de le dire. Il y avait les remplisseurs, qui remplirent des brouettes cacarément pleines et les ratisseurs qui épandirent le fumier. Pour finir, nous couvrîmes les centaines de mètres cacarés du potager avec le foin d’une botte qui pesait cacatre cent kilos et que nous avions poussée de la grange au potager, heureusement sans cacatastrophe. »

Manue

Atelier Menuiserie

© Oriane Drouet

« Sous la houlette de Caroline, menuisière et membre de l’habitat partagé du château, on pénètre dans l’atelier de menuiserie et nos yeux se posent sur les multiples machines qui l’occupent. Perceuses à colonnes, ponceuses, machines multi-fonctions, scies, dégauchisseuse, rabot et quelques scies à chantourner, de type « magiques ». On en prend connaissance et on les prend en main. On a donc percé, poncé, vissé, dessiné, posé des marques, scié, collé, pré-troué, tous et toutes motivés.es pour s’essayer à la scie à chantourner pour fabriquer quelques « marques-gobelets » et pour construire un banc. En moins de 3 heures, les 3 planches prédécoupées, les montants, la traverse sont assemblés et il jouera avec simplicité et assurance son rôle de banc au concert du soir. »

Dominique

Quelques interviews :

Puis, l’après-midi a été l’occasion d’explorer ce lieu plus en avant, d’en faire une visite et de recueillir différents témoignages quant à son fonctionnement et la qualité de ce qui s’y vit. Nous avons donc sélectionné pour vous un panel d’habitant.e.s et de passag.èr.ers pour vous traduire ce lieu.

Pascal, le faiseur de pain.
Cuisine
D’origine allemande, Pascal fait partie des habitant.e.s de MagnyÉthique. Tout est parti d’une envie, il y a quelques années, de vivre de manière plus écologique. En famille, il souhaitait atteindre l’objectif « zéro-déchet ». Cependant, cette démarche n’était pas une finalité, mais au contraire le début d’un processus qu’ils ont engagé, sa famille et lui, à venir s’établir dans le château, en partageant cet habitat avec d’autres familles. Prenez gardes, commencer à trier vos déchets peut vous mener dans des chemins inattendus !
De manière générale, Pascal cherche à réduire tout impact écologique, que ce soit au niveau des déchets, de la consommation électrique, ou même des espaces privatifs, en apprenant à partager son habitat avec autrui et en faisant fructifier le lieu. Son parcours est également représentatif de son envie de changement : d’abord ingénieur, il s’est vite rendu compte que ce travail ne le satisfaisait pas. Il s’est alors mis à faire du pain. En autodidacte, il s’est essayé à triturer sa pâte, à la modeler, lui donner du goût, la faire cuire… puis, au fil des rencontres, des expériences, des essais et surtout de la persévérance, il parvient maintenant à produire, en deux jours, suffisamment de pains croustillants pour une soixantaine d’altercyclistes ! C’est d’ailleurs son activité principale, en plus d’être père au foyer.
Il a découvert à MagnyÉthique la vie en commun et l’organisation de la vie en collectif. Mais surtout, le plaisir de vivre entouré d’ami.e.s ! Cette réalité s’accompagne, pour lui, d’une découverte : c’est à la fois une chose agréable, et à la fois intense, ça lui demande de savoir faire la part des choses et de trouver des espaces pour lui-même. Finalement, ce lieu représente pour lui cet adage : « Tout seul on va plus vite, mais ensembles on va plus loin. »
Le mot de la fin : « contagion ». Il souhaite que ce type de lieu puisse essaimer, se propager et… changer le visage du monde.

Morgane, altercycliste.
Table de jardin, à la place des tilleuls
Morgane est parisienne, responsable qualité à la RATP dans la vie formelle, et militante Alternatiba avec une fibre socio-écologique dans la vie informelle : « l’écologie sans justice sociale, c’est du jardinage », nous dit-elle. Elle a longtemps été intéressée par les différentes alternatives qui existent et qui apparaissent, et est tombée par hasard en se baladant sur internet, sur l’Altertour ! Voilà comment elle est s’est retrouvée, ce 24 juillet, à nous parler de sa perception de MagnyÉthique.
C’est pour elle une découverte de trouver un projet collectif comme celui-ci, avec un fonctionnement auto-géré et horizontal. Elle est également fascinée par leurs liens et leur envie de construire ce projet tou.te.s ensembles : «  ils réussissent à s’engueuler suffisamment pour avoir envie de rester ! ». C’est ce genre de projet qui rend possible son envie de quitter, peut-être, un jour, l’Île-de-France. « Après, faut sauter le pas ! ».
Elle conclut ses pensées sur un mot, l’auto-gestion, qui représente à son goût ce lieu, et sur une constatation, propre plutôt à sa nouvelle expérience d’altercyclisyte : « 30km de côtes pour débuter l’Altertour : ça passe ! ».

Bruno, décroicycliste.

© Oriane Drouet

Léa, scoute.

© Oriane Drouet

Place des tilleuls, grande table nappée
Léa, elle est scoute depuis ses huit ans, et a toujours été intéressée par les questions de l’écologie. Elle a une licence en lettres, fait prépa à Science Po’, se prépare à faire une licence en Humanité l’année prochaine et surtout, occupe ses vacances à faire un AlterTour avec ses compagn.e.on.s scout.e.s pendant l’été ! Elle a découvert ce projet sur le site des scouts, qui lui a donné envie de participer, de se mettre à la fois un défi sportif, et de fréquenter des personnes plus âgées, de vivre une forme « d’intergénérationalité ».
À MagnyÉthique, elle a découvert une toute autre façon de vivre. C’est, pour elle, un lieu de « vivre ensemble », un lieu incroyable, apaisant. Elle y trouve également une dimension humaine intéressante, par exemple avec les outils que les habitant.e.s du lieu utilisent afin d’être attenti.ve.f.s aux tensions et de prévenir les conflits. Cette façon d’être conscient de l’importance du lien dans un projet d’habitat, alors que les habitant.e.s sont issus de milieux différents, l’a convaincue du bien fondé des outils utilisés et lui a donné envie de repartir avec pour les utiliser dans ses propres projets.
Finalement, ce qui transparaît le plus dans sa perception de ce lieu, c’est le caractère apaisant de celui-ci. « Les gens, c’est le lien ! » nous dit-elle avec un grand sourire.

Guillaume, acteur de transition.
Petite table, place des tilleuls
Guillaume et sa famille sont l’un des quatre foyers fondateurs de ce lieu. Il est papa, mari, anciennement ingénieur, bricoleur, homme à tout faire et, il espère, bientôt brasseur. Avant, il travaillait pour de grandes entreprises, mais a vite eu le sentiment de faire fausse route. Il voulait, dès lors, avec sa famille, trouver un projet de vie dans lequel ils seraient moins consommat.rice.eur.s., et davantage dans une mouvance écologiste. Il avait aussi le souhait de vivre dans un lieu plus convivial, où il côtoierait non pas seulement des voisin.e.s, mais surtout des ami.e.s, des gens avec qui boire des coups, après avoir travaillé ensembles.
Autour d’un moment simple, nous avons pu échanger sur différentes questions par lesquelles il se sent concerné : l’urgence du changement climatique, l’envie d’être aussi un exemple de transition pour lancer la voie, l’envie de développer une forme de résilience pour répondre aux difficultés climatiques à venir, auxquelles il est très attentif. Si toutes ses idées ne sont pas partagées de manière unanimes au sein de l’habitat, elles sont tout du moins primordiales pour lui, et il cherche, pour y répondre ou les respecter, à trouver dans cet habitat une forme de subsistance alimentaire et une solidarité permettant de se protéger les un.e.s et les autres.
Finalement, ce qu’il a découvert sur ce lieu, c’est avant tout la ruralité, l’isolement, qui permet d’ailleurs d’être adoucit par le groupe. Mais il a aussi redécouvert la voiture, très utile avec les distances à parcourir (par exemple pour amener les enfants à l’école), la gouvernance partagée, les chantiers participatifs et le concret d’un projet qui jusque là était en maturation. Et toutes ces découvertes, finalement, ne laissent place qu’à un mot : la joie.

Alice, aux prémisses de la jeunesse.
Sur la balançoire
Alice, elle est pleine de vie ! Encore toute jeune, elle a suivi ses parents dans ce projet et y vit maintenant depuis un an. Quand on lui demande pourquoi elle est venue ici, elle répond avec une spontanéité à toute épreuve : « pour avoir des amis ! ». D’après elle, ce lieu est formidable et très pratique pour courir et faire des galipettes, sans compter que les enfants s’y trouvent au nombre de huit. Et heureusement, au bout d’un an, elle connaît maintenant le château par cœur : ça permet de ne pas se perdre au milieu d’une partie de cache-cache géante…

Magali, les pieds sur scène.
Par terre, sur la place des tilleuls, pendant le concert de swing
Magali, qui souhaitait faire un an de pause dans son boulot d’informaticienne, s’est lancée dans une année pré-professionnelle de théâtre, à Lyon, qui arrive maintenant à son terme. C’est d’ailleurs par le théâtre qu’elle s’est retrouvée dans le château de MagnyÉthique : préparant une pièce avec ses camarades de classe, ils avaient besoin d’un lieu calme et à l’écart de la vie citadine pour répéter et terminer leur travail, qu’ils ont pu présenter à un public d’altercyclistes touché par leur représentation !
Durant cette semaine de répétitions, elle a pu profiter du cadre agréable et bienveillant du château. Une cohésion était perceptible entre les habitant.e.s du lieu. Qui plus est, elle a pu passer la semaine à faire la cuisine en côtoyant Pascal, le boulanger, qui les a nourrit d’odeur de pain et d’échanges humains, tournés vers un avenir alternatif. Elle a aussi pu apprécier, entre deux séances de travail théâtral, la qualité de gestion de conflit réalisée à MagnyÉthique, lui permettant d’apprendre peu à peu à dédramatiser les conflits, qui jusque là lui faisaient peur.
Un petit mot de la fin, Magali ? « Youhou ! ».

Fabien, se perdre, pour mieux se trouver.
Sur un banc, place des tilleuls, pendant le concert de swing
Fabien, il nous est venu directement de Suisse, à vélo aussi, mais pas par l’Altertour : par une envie profonde de commencer une aventure nouvelle. Il était d’abord mathématicien, avant qu’il ait l’envie d’apprendre à ses mains à construire. Dès lors, il s’est lancé dans une formation de charpentier, pas parce que ça l’attirait spécialement, mais parce qu’il avait cette impulsion profonde de pouvoir participer à des chantiers participatifs. Au terme de cette formation, il a encore fait une année d’enseignement manuel pré-professionnel, avant de remplir ses sacoches et d’enfourcher son vélo, à la poursuite du changement. Il cherche la liberté, le voyage, le nouveau et la construction – et tout ça à vélo ! « un petit tas de ferraille, contre un gros tas de ferraille ». 
Il est arrivé à MagnyÉthique en tant que volontaire TWIZA, une plateforme qui permet de recruter des volontaires pour des chantiers participatifs. Depuis deux semaines, il travaille, fait des trémis (vous ignorez ce que c’est ? Nous aussi ! Mais il nous a expliqué : c’est un trou pour faire passer un escalier), cuisine, fait de l’impro avec la ribambelle de volontaires qui, comme lui, vadrouillent à travers les différents chantiers participatifs du pays. Sur ce lieu, il a trouvé un projet alternatif où les gens prennent soin les un.e.s des autres. C’est un lieu, pour lui, porteur d’espoir, avec de multiples rencontres et où les découvertes ne sont pas techniques, mais tout simplement humaines.
Ici, il voit un projet où les gens ne parlent pas d’agir : ils passent à l’acte. Et c’est ça qui le nourrit.

Ainsi s’achève notre série de portraits, portraits d’habitant.e.s ou de passant.e.s, qui se sont croisé.e.s à MagnyEthique en cette journée éphémère du 24 juillet, formant pour quelques heures une mosaïque unique, dont nous sommes les fiers témoins et transcripteurs.

Manue et Dylan