Une échappée belle en Grèce.

Valérie MLutte, Témoignages

Valérie, altercycliste de la première heure a sauté le pas : un voyage au long cours direction… la Grèce. Sur le chemin, elle a croisé des alternatives enthousiasmantes et nous raconte.

Arrivée à Thessalonique, je suis hébergée par Christos, du réseau Warmshowers. Il est très impliqué dans l’accueil des migrants et des personnes sans domicile. Il coordonne à titre bénévole , s’occupe de récupérer des aliments, de les cuisiner avec d’autres bénévoles puis de les distribuer. Ils distribuent également des vêtements et couvertures, mais sont aussi en lien avec une association pour donner des cours d’anglais et de grec. Ils organisent quelques événements pour récupérer des fonds.

Pour les migrants, l’obtention de papiers même provisoire est très compliquée. Pour exemple, nous avons « fêté » l’obtention du RDV administratif de Mustapha qui est arrivé mineur isolé  à l’âge de 6 ans il y a 20 ans.

D’une lutte ouvrière aux savons en autogestion.

Dimanche, c’est presque off, mais on reste dans les initiatives de ce genre. Nous sommes allés à un petit festival dans une usine.  J’y ai rencontré Nikol qui m’a fait visiter le lieu et raconté son histoire. L’histoire d’une lutte ouvrière qui a débouché sur une autogestion.

En 2010-2011, la Grèce prend la crise de plein fouet. De nombreuses entreprises restent sur le carreau. La société BIOMETAL filiale de FILKRAUR JOHNSON ( ?) produit du matériel et des produits du bâtiment, particulièrement des colles industrielles. La mauvaise gestion (notamment ils stockent trop de matières premières) et la crise du bâtiment amènent les dirigeants à fermer le site de Thessalonique. 70 salariés sur le carreau. 48 d’entre eux entrent en lutte, occupent l’usine s’appuyant sur des textes autorisant les salariés à « garder » les outils de travail tant qu’ils ne sont pas payés.

Un an plus tard, les choses n’ont pas avancé malgré des mouvements de solidarité. Ils se posent alors la question de reprendre l’usine mais réfléchissent ensemble au type de production qui ne les amènerait pas à la banqueroute, investissement minimum dans les matières premières, un produit qui toucherait un large public. Ils tombent d’accord sur la production de savons. Des savons domestiques mais aussi industriels et médicaux. Et c’est ce qu’ils ont fait. La coopérative se nomme SE VIOME (petit jeu de mot avec les lettres grecques entre BIO et VIO en allusion à l’entreprise initiale)

Aujourd’hui, seuls 14 d’entre eux ont poursuivi l’aventure de cette autogestion. Les décisions sont prises le plus possible au consensus et ils organisent une rotation sur les postes de travail. Ils occupent toujours l’usine24/24 pour surveiller les outils de travail de BIOMETAL qu’ils entretiennent en état de fonctionnement.

L’usine et ses petits

Pour faire bénéficier de ces locaux à d’autres initiatives et renforcer l’occupation,  ils ont tenté de mettre des choses en place, notamment un accueil médical gratuit super bien organisé, basé sur une prise en charge globale mais qui a fini par être abandonné car l’usine étant éloignée du centre de Thessalonique, le public concerné n’avait pas de moyen de transport et ça compliquait les RDV.

Une deuxième initiative a vu le jour : l’organisation d’événements dans laquelle Nikol initialement chimiste a décidé de s’investir. C’est dans ce cadre que je l’ai rencontré : concert, repas à prix libre… Au passage petite expo écologiste d’une artiste germano-grecque.

L’usine reste ouverte à toute nouvelle initiative. On y va ?

Moi j’ai vu leurs savons dans un magasin, et ça m’a drôlement fait plaisir.

Valérie