Le cheval – légume

AlterTour Agriculture, Edition 2021, Alter-D-tour, Normandie

Esther et Jonas… Filou et Félicie. Maraîchage de légumes biologiques en traction animale. Deux anges et deux bêtes. Je ne trouve pas d’autres mots pour les décrire et les deux bêtes sont anges parmi les leurs. Avec le renfort à venir de bovins pour rendre “circulaire” la Ferme de la Ménardière où nous a mené Julien-Rémi depuis Q. La simplicité et la gentillesse sont leur énergie.

L’installation, un peu moins de deux hectares pour les planches et les serres, en une année et cette année fut plutôt humide. Après nous avoir accueilli Esther et Jonas nous emmènent chercher Filou, le plus tranquille, paissant avec Félicie, dans une prairie.

Kassine… Késako ?

Il sera harnaché, collier et mors, puis attelé à la kassine (fabrication de l’atelier Prommata), pour biner et gratter entre les buttes. Ha, un mors, c’est cruel, non ? Non. Jonas, simplement, nous en donne la raison : en cas de panique du cheval – toujours envisageable du fait de survol d’avion ou tout autre événement – le mors permet d’arrêter le cheval avant qu’il ne risque de finir dans une haie et percuté par l’engin qu’il tire. Ce n’est pas le mors qui blesse le cheval mais un geste trop brutal de guidage. Le cheval est l’énergie de la production et, en terme économique, son principal actif.

“On peut économiser sur beaucoup de choses mais jamais sur le cheval” selon Jonas. Filou va ainsi faire en quelques minutes quatre bandes, avançant à son pas les sabots bien alignés grâce à la douce voix de Jonas tenant la longe et la kassine. Puis deux passes de labour avec un cover-crop, demandant beaucoup plus d’efforts. Les chevaux, avant le tracteur, duraient en moyenne 7 ans et partaient ensuite à la boucherie. Filou et Félicie finiront leurs jours à la ferme.

De la réflexion naît l’action !

Jonas et Esther ne sont pas dans le rêve ou l’imaginaire, pour chaque activité, c’est après des formations cohérentes et réfléchies, pour s’occuper des chevaux et des plantes, que l’entreprise a été lancée.

Tant de grandeur, de simplicité, de savoir et de sagesse pour ce terrain normand éloigné de leur Hollande et très fort émotionnellement. Nous leur devons notre nourriture et nous n’en payons pas le travail. Il en faudrait au moins plusieurs dizaines de milliers à leur manière pour durablement et écologiquement entretenir toute une population. Esther et Jonas (et leurs collègues dans les mêmes pratiques) devraient être à la base de l’enseignement des petits enfants si nous souhaitons un avenir soutenable.

Félix D

© Ferme de la Ménardière