A la rencontre de la Bascule Argoat et du Moulin Coz, dans le Nord Morbihan

AlterTour Agriculture, Edition 2021, AlterTour, Bretagne, Habitat

8h. Bercé par le souvenir des musiques et danses bretonnes, l’AlterTour s’éveille au Village du Bel Air. L’étape ne sera pas longue, certes (15km en tout), mais sera animée par la découverte de deux lieux : la Bascule Argoat et le Moulin Coz.

LA BASCULE ARGOAT

10h sonne. C’est l’heure du départ pour l’équipe déjeuner, suivie de près par le convoi de cyclistes. A peine 5km réalisés que nous voilà arrivés à la Bascule Argoat.

Pendant que l’équipe cuisine s’active, deux activités nous sont proposées : une visite du lieu et un atelier d’échange sur les dynamiques éco-lieux/tiers-lieux/militance rurale.

Origine du projet

Au départ de la visite, nous découvrons l’origine de ce lieu. Il est né à la suite d’une expérimentation d’occupation temporaire de l’ancienne polyclinique à Pontivy, nommée la Bascule, fondée sur des enjeux de transition. A la fin des 9 mois de cette expérience, cinq collectifs se sont montés dont celui installé à Plouray.

Ce collectif et le lieu étaient faits pour être rassemblés. Appartenant à la congrégation des sœurs de Cluny, ce bâtiment a servi au blanchissement de l’abbaye de Langonnet puis de maison de retraite pour les bonnes sœurs avant d’être mis en vente. Les sœurs ont fini par confier le bâtiment en décembre 2019 à l’association pour 1€ symbolique par mois.

Activités dans le lieu et dynamique de territoire

La Bascule Argoat (en breton : l’intérieur des terres) tend à être un lieu de vie ancré sur le territoire dont les projets sont en lien avec les transitions économiques, écologiques et sociales. Pour y parvenir, différents pôles sont organisés : militant, avec l’organisation de manifestations contre les fermes usines en Bretagne ; politique, pour interpeler les élus locaux, dont l’outil de la primaire populaire ; rénovation, avec des chantiers participatifs ; réseau de proximité et de réciprocité alimentaire avec les agiculteur·rices biologiques et les éco-lieux. 800m² de maison proposent un atelier avec établis, une buanderie, une cuisine collective, des espaces d’accueil et de travail pour les habitant·es, la chapelle : à la fois bibliothèque, salle de réunion, salle de détente, deux niveaux de chambres, et 2500m² de jardin cultivé collectivement et où les tests de plantations s’enchaînent.

Pour la Bascule Argoat, il est important de ne pas rester entre soi. Dès son arrivée, le collectif a fait en sorte de nouer des relations avec les agriculteur.rices biologiques et d’autres éco-lieux à proximité, dont le Village du Bel Air visité le 16 août. On nous parle également de leur rituel dominical : les « rendez-vous du dimanche », qui rassemble les acteur·rices venant d’une dizaine de communes autour d’un repas partagé puis de débats et d’ateliers thématiques.

Gouvernance partagée et ouverture au public

Le collectif a instauré une organisation horizontale, basée sur des principes de gouvernance partagée inspirée de l’Université du Nous. Écoute active, parler avec intention, co-responsabilité, posture individuelles, pas de perspective, souveraineté composent notamment le cadre de sécurité mis en œuvre dans le lieu et qui permet à chacun.e de se sentir libre dans le groupe. Ici, les frais d’habitat et de vie sont gérés en participation consciente. Il s’agit de la somme que vous souhaitez ou pouvez donner en conscience pour ce que vous avez vécu.

Un des points forts que nous avons pu observer sur place est leur ouverture aux nombreux visiteurs. Avec l’expérience, cet accueil s’est resserré sur la première semaine de chaque mois afin de concentrer les énergies. Chaque visiteur a une boussole (un.e habitant.e) qui lui est attribuée. L’accueil de visiteur.ses se fait tant qu’il y a des chambres disponibles (soit 6 à 7 chambres dont certaines disposent de plusieurs lits).

L’inclusion de nouveaux.elles habitant.es dans le lieu se fait selon un principe de confiance. Cette personne doit passer un minimum de 3 semaines sur place, pour savoir s’ils et elles sont d’accord et se sentent bien avec elle. Elle doit ensuite adresser une lettre d’intention pour exprimer la raison pour laquelle elle souhaite rejoindre le lieu.

Une phrase résumerait bien leur état d’esprit : “On a besoin de troupes fraîches pour faire la révolution”, Paul.

14h30. Après avoir partagé une grande tablée, l’AlterTour repart sur les routes pour 10km cette fois, en direction de Le Saint, où nous allons découvrir le Moulin Coz. Quelques kilomètres pour discuter, faire connaissance avec les nouveaux·elles arrivant.es à l’AlterTour, se dégourdir les jambes et nous voilà arrivé·es.

LA FERME DU MOULIN COZ

Nous découvrons alors la ferme biologique du Moulin Coz, et surtout, nous rencontrons Simone. Originaire du Nord de l’Allemagne, elle est arrivée en France en 1996 et s’est installée en agriculture après un parcours artistique en août 2004. A son installation, le terrain était vierge. Elle y a construit progressivement un environnement riche et original, s’étendant sur 10 hectares dont 3 en culture, basé sur la récupération de matériaux et la culture d’une grande diversité de légumes et de fruits biologiques et anciens, issus de semences paysannes Koal Kozh.

Visite du Moulin Coz

Avec entrain, elle nous balade sur le terrain en nous présentant les différentes cultures plantées, son usage des serres et des tunnels en fonction du climat et des besoins des plants, la récupération de camionnettes gagnées par la végétation servant de stockage ou de poulailler ou encore les différentes habitations et hangars construits au fil des années. Nous sommes d’ailleurs mis à contribution pour bécher la terre où sont plantées les patates. Au fil des questions, elle nous apprend qu’elle a pu se rémunérer correctement après 10 ans d’activité et est désormais autonome tant énergétiquement grâce aux panneaux solaires et puits d’eau que par sa production maraîchère, qu’elle vend sur des marchés de la région et à quelques restaurants.

De nouveaux.elles arrivant.es sont venu.es compléter cet environnement : Thérèse, sa femme, un couple dont un boulanger allant s’installer dans un nouvel hangar, et Viri, laotien d’origine mong, qui nous a fait le plaisir de préparer pour le dîner, accompagné par l’équipe repas, un plat vietnamien.

Au rythme du débrief, des plats distribués, des échanges et des rires, la journée s’achève progressivement pour l’AlterTour. Le documentaire « les semences du futur » est proposé en cohérence avec la thématique de l’après-midi, que les courageux.ses regarderont avant de se coucher et avant une belle étape qui nous emmènera le lendemain jusqu’à Quimper.

Fanny pour l’AlterTour