A Saint-Aubin Celloville, on plante le « décor » du projet

MathieuAlterTour, Edition 2021, Normandie, Lutte

C’est sur le projet autoroutier A133-A134, dit projet de Contournement Est de Rouen, que nous nous arrêtons aujourd’hui. Après avoir parcouru une quinzaine de kilomètres, nous faisons une petite halte par la Mairie de Saint-Aubin Celloville, où nous sommes accueillis par Francis et Stéphanie de l’Association Sauvegarde du Cadre de Vie de Belbeuf Saint-Adrien et du Plateau Est.

Et là, le décor du projet est planté : dans la continuité des projets d’infrastructures et des mobilisations qui ont lieu dans cette zone depuis plus de 30 ans, se dessine un projet d’autoroute de 2×2 voies à péage, sur 41,5 km, avec 8 viaducs et 9 échangeurs, acté entre différentes collectivités territoriales et un concessionnaire privé. Derrière la volonté affichée de désengorger le centre-ville de Rouen, c’est 516 hectares de terres naturelles, agricoles et 146 hectares d’espaces boisés qui seront accaparés pour être artificialisés, des zones de captage d’eau potable remises en cause, et 50000 tonnes de CO2 supplémentaires générées par le trafic chaque année.

Un collectif informel d’associations, de municipalités et de citoyens, s’est monté et se mobilise depuis une dizaine d’années pour dire « Non à l’autoroute – A133-A134 » : https://contournement-est.fr

A Alizay, à la rencontre des habitant-e-s, élu-e-s et associations mobilisé-e-s.

Nous arrivons à Alizay, commune de 1500 habitants, et après avoir installé nos tentes derrière la Mairie, sur le terrain de foot très ensoleillé, nous attendent des rencontres avec les habitant-e-s et un temps de présentation et d’échange autour du projet autoroutier A133-A134 et des alternatives à la mobilité.

Nous y retrouvons Guillaume, d’« Effet de serre toi-même !», association rencontrée la veille à Repainville, qui rassemble des citoyen-ne-s « qui souhaitent agir, sans plus attendre, pour anticiper les changements climatiques et contribuer à la transition énergétique ».

[Indiquer le lien du site internet : http://www.effetdeserretoimeme.fr/ ]

Guillaume dénonce « le non-sens écologique et économique » du projet autoroutier, du fait des émissions de CO2 et de particules fines générées, des différentes formes de nuisances associées, et de l’absence de création d’emplois, entre autres.

Il nous apprend aussi que 15% des déplacements de moins de 500 mètres au sein de la métropole de Rouen se font en voiture particulière (ce qui est le cas également pour 45% des déplacements de moins de 5 kilomètres). Seulement 2 % des déplacements ont lieu à vélo à Rouen, 0,8% dans la métropole… Saperlipopette ! Me vient l’envie de rechanter à tue-tête… les slogans de la Vélorution de la veille !

Il nous partage par ailleurs les alternatives élaborées par l’association, qui contribue aux politiques publiques locales par la formulation de propositions concrètes ; par exemple la piste de navettes solaires maritimes pour le transport de personnes et de marchandises sur la Seine, ou bien celle d’une centrale de mobilité, avec des conseillers proposant des solutions aux citoyen-ne-s en termes de modes de transport alternatifs.

Aussi, d’après Véronique, habitante et élue à la municipalité d’Alizay, rencontrée parmi les participant-e-s à ce temps d’échanges, « ça va être une autoroute fantôme ».

Interrogée sur les impacts du projet sur les Alizéen·ne·s, elle met en lumière la transformation d’Alizay par un viaduc situé à 200 mètres de chez elle, qui coupera le village en 2. Elle met également en avant les impacts économiques du projet sur la population de l’agglomération Seine-Eure (le paiement dans la contribution des impôts auquel s’ajoute le paiement au péage), et en conséquence le fait que les routes ne seront pas désengorgées (les habitants du plateau travaillant dans l’Eure et ceux de l’Eure travaillant en Seine-maritime ne souhaiteront pas payer le péage pour aller travailler). Elle relève les impacts sonores associés (avec une sortie du péage prévue au niveau du rond-point situé à la sortie d’Alizay, à l’entrée du Manoir). Ceci sans compter les impacts en terme de déforestation autour de Louviers et Pont de l’Arche, ainsi que les hectares de champs achetés et les maisons expropriées.

Impliquée depuis 3 ans dans le cadre du collectif « Non à l’autoroute », elle évoque parmi les mobilisations, le regroupement des élu-e-s avec la population concernée par le projet, les rassemblements réalisés avec toutes les municipalités impactées, l’opposition menée au niveau de l’agglomération Seine-Eure, les recours juridiques engagés.

Le 8 février dernier, la Métropole de Rouen Normandie a décidé de ne plus soutenir le projet. Une victoire à prendre avec précaution, la Région Normandie et le Département de Seine-maritime ayant de leurs côtés, augmenté leur participation financière.

La mobilisation continue, « à pied, à cheval, et à vélo [« en voiture », dans l’expression d’origine transformée pour la circonstance]:-) » (en somme, de toutes les façons possibles)… !

Charlotte