Le dimanche 24 juillet, l’AlterTour arrive trop tard pour commander un BigMac

Pauline Edition 2022, AlterTour, Alimentation, Lutte, Social, Provence-Alpes-Côte d'Azur


Ce matin le cortège des altercyclistes s’ébranle aux alentours de 8h. Nous quittons la Ferme du Roy d’Espagne, au sud de Marseille pour nous frayer un chemin dans la circulation déjà dense du centre-ville. Direction les
quartiers les plus chauds de Marseille, aux heures les plus fraîches de la journée.


Nous pédalons sans pause jusqu’à notre première destination de la journée : L’Après-M, un restaurant social et solidaire situé dans le quartier Saint-Marthe, arraché des mains du géant MacDonald’s il y a bientôt trois ans.
Vu de l’extérieur, on pourrait se croire sur le point de commander un Big-Mac et une grande frite. Même dedans, tout y est : cuiseurs, friteuses, tables et banquettes, il ne manque rien. Nous sommes accueilli.e.s par l’équipe de l’Après-M qui après nous avoir offert un café nous présente Kamel Guemari, figure de proue de la lutte menée à l’Après-M. Ancien salarié du restaurant et syndicaliste de longue date, il est à l’origine du mouvement contestataire né à l’annonce de la fermeture du restaurant McDo. C’était en décembre 2019 que Kamel a décidé de refuser son licenciement pour liquidation judiciaire, et a commencé à occuper les lieux. D’anciens employé.e.s, des associations et des habitant.e.s de de la ville ont rejoint à la lutte, et rapidement l’Après-M est devenu un symbole du combat contre la précarité alimentaire et sociale.


En plus de la victoire juridique qui a permis aux ancien.ne.s employé.e.s de partir avec une indemnisation de licenciement conséquente, l’objectif pour Kamel était de continuer à proposer des emplois pour les jeunes des quartiers extrêmement défavorisés des environs. Pour elleux en effet, le travail dans la restauration était un moyen de s’élever socialement, d’apprendre la coopération par le travail et d’éviter de se résoudre à la délinquance, très présente dans le nord de Marseille. En « hackant » le restaurant pour le mettre au service d’un projet non plus climaticide et capitaliste, mais social, solidaire et écologique, Kamel et son équipe ont donc réussi un grand détournement digne du film de Michel Hazanavicius.

C’est pendant le 1er confinement national que l’équipe de l’Après-M a eu le plus de pain (à burger) sur la planche. Pour aider les populations sensibles des quartiers pauvres en cette période difficile, iels ont mis en place des distribution de colis alimentaires. Grâce à elleux, plus de quatre mille personnes ont pu avoir accès à de la nourriture gratuite ou à prix libre pendant cette période. Et cela, sans subvention publique ni l’aide de la banque alimentaire, qui leur reprochait notamment de ne pas demander de
justificatif de ressources aux bénéficiaires. Aujourd’hui encore, c’est environ sept cent colis alimentaires qui sont distribués chaque semaine. La nourriture est récoltée lors de prospection d’invendus auprès des
entreprises locales, de dons de particuliers et d’une cagnotte en ligne.

Les altercyclistes profitent d’un goûter avec les pâtisseries invendues qui ont été récupérées

Récemment, l’association a racheté le lieu et l’occupe désormais de façon légale. Les cuisines pourront très prochainement redémarrer, et serviront à préparer les repas des maraudes solidaires. On y ouvrira également un « Fast Social Food » qui servira des hamburgers bio ou vegan, avec des ingrédients de saison et ultra-locaux. L’association prévoit aussi la création d’une conserverie pour transformer les produits, faire sécher les légumes et préparer des jus et des soupes à partir d’ingrédients locaux et de saison. Enfin, un projet de bio-méthanisation est dans les tuyaux, et devrait permettre à l’installation de réduire sa dépendance énergétique aux grandes filiales françaises en valorisant directement sur place les déchets alimentaires.


Après cette visite sincèrement inspirante, c’est avec une motivation renouvelée que nous nous sommes remis.e.s en route. En fin d’après-midi, nous avons pu monter le camps à Rognac juste à temps pour rencontrer les représentant.e.s de l’association Nostà Mar, qui nous ont présenté les projets de valorisation du patrimoine historique et naturel qu’iels mènent dans la région. La journée s’est terminée par une baignade dans l’étang de Berre pour les plus motivé.e.s !

Thibault à la plume, Orianne derrière la caméra