Fabienne, une conteuse de Goux <3

MathildeZaniEdition 2026, Agriculture, Alimentation, Education, Nouvelle-Aquitaine, Social

Après avoir bien profité de la grasse mat (8h, mdr), on dit au revoir aux habitants trop mimis du Logis et on démarre tranquillement par une dizaine de kilomètres en direction de chez Fabienne et d’un lieu tout aussi accueillant et réjouissant qu’elle, et équipé par ses soins (douches extérieures reliées à l’eau chaude, oui madame !).

On s’installe, on se bouche les oreilles et on se cache les yeux pour ne pas se spoiler le spectacle du soir en pleine répet’, on sieste puis on se réveille pour écouter Fabienne nous conter les hier et les aujourd’hui de son logis à elle.

Elle a monté sa ferme équestre dans un ancien hameau du nom de Goux, dans la commune de La Couarde. Depuis ses 26 ans, âge auquel elle a acheté ces quelques hectares de prairies, de forêts et d’anciennes maisons, elle travaille avec les animaux, mais pas pour l’élevage (ce qui n’en fait pas moins une agricultrice, elle est d’ailleurs une membre active de la Confédération Paysanne!). Il y a actuellement 11 chevaux et poneys sur la ferme… et 1 lama d’eau.

Fabienne travaille avec les écoles pour mettre en place de la médiation animale. Elle pense que les activités équestres ne doivent pas se cantonner au commercial, que le monde du cheval n’est pas uniquement réservé aux élites friquées, que le contact avec les animaux est précieux dans le travail éducatif avec les enfants autour de la communication, du lien au corps, etc. Elle propose aussi des ateliers de baby poney (de l’éveil auprès des chevaux pour les jeunes enfants). Là encore, pas question de mettre l’accent sur la performance, elle laisse les enfants suivre leur propre rythme, écouter leurs peurs, prend le temps de préparer les animaux avec les enfants et ne centre pas l’activité sur le montage des chevaux: d’abord on va chercher le cheval au pré, puis on le brosse, on suit tout un processus jusqu’au jeu sur ou à côté du cheval, comme on veut. Pour les parents aussi c’est un apprentissage : on respecte le rythme de l’enfant, et s’il a peur ou que c’est pas le moment, c’est pas grave on fait autrement.

On continue la visite par l’histoire du lieu, que Fabienne a vraiment à cœur de nous transmettre pour ne pas qu’elle soit oubliée.

En suivant les traces d’un ancien chemin séparant nord et sud des Deux-Sèvres, catholiques et protestants, royalistes et républicains, on observe une croix en pierre sur le bâtiment d’une ancienne maladrerie dans laquelle des moines augustins accueillent les malades, et on découvre l’histoire de cet ancien hameau composé de plusieurs maisons de pierre ayant aujourd’hui disparu, avec leur énorme four à pain, qui s’est effondré le dernier. Sur ces ruines disparues de Goux, on a planté nos tentes, formant un nouveau village éphémère pour 24h. Les seuls survivants: un énorme tilleul et un gigantesque chêne (Lou, notre spécialiste, a estimé son âge à environ 300 000 ans), ainsi que la maison de Fabienne, son hangar, et le chemin des Huguenot, qu’on emprunte pour rejoindre le pré, dire bonjour aux chevaux et s’enfoncer un peu plus dans le bois. 

On arrive au bord d’un étang, auparavant relié à une source mais qui en a été déconnecté car selon les autorités l’eau s’évapore trop (étonnamment quand c’est les méga bassines ça pose pas trop problème…). Deux autres sources d’eau présentes sur le terrain donnent encore, et maintiennent le sol irrigué et l’étang rempli. Mais au vu de la privatisation croissante de l’eau, Fabienne craint un assèchement de ce point d’eau précieux pour ses animaux et les terrains qui les nourissent.

Un autre enjeu actuel autour de chez elle: un de ses voisins possède 43 hectares d’élevage et de prairies, mais ces terres sont menacées par des projets de captage d’eau pour l’alimentation des cultures de maïs. 

Comme nous l’avait dit Joëlle la veille au Logis: « ce territoire c’est un véritable emmental, il y a des trous partout », et Fabienne compte bien lutter pour que son petit bout de terre n’en devienne pas un à son tour, de trou. Elle réfléchit donc au rachat de ce terrain pour empêcher qu’un endroit aussi essentiel soit privatisé, pour stopper le pompage des sources et des nappes phréatiques, qui se ferait au détriment des habitants humains et non humains de Goux et de tous leurs voisins. 

Pour finir cette visite contée, on se pose au lavoir, et les pieds dans l’eau on discute de la place des femmes dans la paysannerie et l’agriculture. Fabienne observe que de plus en plus de femmes agricultrices s’installent autour d’elle, et qu’elles sont aussi de plus en plus nombreuses à la Confédération Paysanne. Mais elle explique aussi que c’est encore plus dur d’être dans cette position, notamment au sein des instances. En plus d’être attaquée pour ses positions radicales liées à la Conf’, elle est plus mal traitée lors des débats oraux que ses collègues masculins. Alors, comme elle nous le raconte, elle se fâche, se met « en mode Pitbull » et continue le combat. Sur les questions d’agriculture au féminin, elle nous conseille le film A ma place, réalisé par le CIVAM du Haut-Bocage, ainsi que la BD Il est ou le patron ? du collectif Les paysannes en polaire. 

On finit la journée en beauté avec « ChevalEs » un spectacle haut en couleurs et en revendications féministes, animalistes et tout ce qui en découle vous connaissez la rengaine (big up au slogan « Mange tes morts pas des animaux » et sa variante « Mange un facho pas un animo »). Les trois artistes de la compagnie Walden accompagnées de 2 chevaux de Fabienne, c’était de la haute voltige, à l’image de notre accueillante. La boucle est bouclée !

On repartira de la ferme Vac’ani le lendemain matin avec en tête la Mère misère et son pommier, un conte du marais poitevin auquel Fabienne nous a initié.e.s alors qu’on faisait toujours trempette dans le lavoir.

Alterjournaliste: Manon