31 juillet: Journée à Plessé

Edition 2026, Agriculture, AlterTour, Alimentation, Bière, Social, Pays de la Loire, Témoignages, Vélo

Un réveil gourmand

Après une bonne nuit sous tente, voire à la belle étoile suivant les tempéraments, sur les terres de la Ferme des 7 chemins, notre tribu altercycliste ouvre l’œil, bien entourée par les cultures maraîchères, le drive paysan, et les vaches bretonnes Pi Noir, vives, curieuses, au petit gabarit. Elles ont bien sûr de belles cornes grâce aux paysan.nes de la Ferme qui savent que ne pas écorner leurs vaches c’est leur permettre de vivre pleinement leur culture de vaches pi-ttoresques. Un bon fromage frais, le gwell, embellit notre buffet du petit déjeuner ce matin-là. Il s’agit d’un fromage traditionnel, fait avec du lait exclusivement pi-noiresque, un délice, qu’un collectif de paysan a réussi à faire passer en AOP après 13 ans de persévérance.

Trinquer à Plessé !

Plus tard dans la matinée, une partie de l’alter-peloton visite la micro micro-brasserie La Coutume, un projet de Yohan et Lauranne, qui a vu le jour en 2025. Leur entreprise se porte bien, même s’iels n’en tirent pas encore un salaire. Un autre emploi leur est nécessaire. Et la concoction de leurs bières se fait avec passion en posant des jours de congé, et au quotidien, en se levant plus tôt et en rentrant plus tard. Mais leur objectif est de faire fructifier leur bar à l’étage qui leur permettra d’augmenter leurs marges pour vivre de leur micro-brasserie, tout en gardant la convivialité de leur fabrique. Leur but est clair, pouvoir en vivre, mais ne pas suraugmenter leur production, ne pas devenir une marque, rester un lieu de rencontre ! Cette première année, la micro-brasserie a mis en bouteilles et surtout en fûts 17 500 litres de bières pour leur bar, à l’emporter, pour des festivals aussi et pour 2, 3  autres petits bars de la région.

Bien sûr pour égailler les papilles, iels proposent des bières ephémères aux saveurs de Noël, de sirop d’érable ou de malt fumé piment par exemple. Mais leur marque de fabrique, c’est de proposer une gamme de bières classiques, simples et efficaces, qui plaisent à tout le monde.

Yohan nous rappelle les ingrédients de base : du malt (soit de l’orge torréfié), du houblon, de la levure, de l’eau et de l’attention. Tout l’art et la technique consistent à nuancer les dosages, les temps de macération, fermentation et mise sous pression, les températures. A se servir des unités de coloration naturelle des malts. Tout l’engagement artisanal de La Coutume consiste à faire émaner naturellement les sucres de leurs malts, à faire s’exprimer les levures à juste dose, sans sucre ajouté pour leurs bières classiques. Leur rêve serait de produire du bio, de récupérer l’eau et les bouteilles, mais a ce stade, manque de place et de moyens, ce n’est pas possible. Leur entreprise priorise lorsque possible le local. Yohan termine sa présentation en nous faisant monter au bar pour trinquer, et en nous disant : « C’est zinzin ! Tu pourras jamais terminer le jeu de la bière! » . La Coutume se veut un lien intemporel entre les générations, qui nous relie sans chat gpt !

Trempette et douceurs

En après-midi, escapade groupée à l’Etang de Buhel. Avec sa plage familiale, ses embarcations flottantes et tyroliennes. Des affinités se tissent, des activités se créent chez les altercyclistes. Jeux de balle (ballon pêché au fond de l’eau, balle fabriquée par la mise en boule de guirlandes d’algues). Baignade en eau douce, farniente au soleil. Jeux de cartes et de courses. Dessin collectif et croquis. Sans oublier un requinquage à La Guiguette de Buhel qui propose softs bretons, rochers coco de la boulangerie du coin, glace au lait de la ferme, par exemple. Au bar, un musicien me raconte toute la vie autour de cette guinguette, qui propose de mai à octobre une ribambelle d’occasions de se rencontrer au fil des spectacles (contes, musique, théâtre). En ce 31 juillet, la Guinguette fête ses 3 ans, toute une histoire qui a commencé lorsqu’une habitante, Emilie Vochon, est allée voir la mairie pour lui proposer de transformer le snack en endroit de convivialités.

Facteur humain

Nous voici toute la tribu altercycliste réunie dans la grange ouverte, pour faire la rencontre de Vincent, qui se qualifie de clown-facteur messager à vélo. Et j’ajouterais chansonneur ! Il va de porte en porte, parfois plusieurs mois durant, apporter le courrier, de proche en proche, dans des enveloppes classées par région. Il se renseigne surtout avant, sur les habitudes de vie des personnes qu’il va retrouver, pour pouvoir bien leur livrer leur courrier en main propre. Avec son vélo semi-couché, sa tente pour bivouaquer et son oreille attentive. Car lire une lettre d’un proche, parfois perdu de vue, cela est souvent un moment touchant. Lors d’une de ses tournée, Vincent est parti de Bretagne jusqu’en Suisse ! La plupart du temps il est invité pour un café, ou pour la nuit, le temps qu’une nouvelle lettre soit écrite, des mots déposés. Même si les accueils ne sont pas toujours aisés. Si l’envie vous pique de vous joindre à l’aventure, une Agence des facteurs humains existe, qui cartographie les courriers à livrer. Pour conclure cette journée inspirante, voici quelques mots de Vincent.

« Amener des courriers à vélo aujourd’hui, c’est faire de la poésie. Y a une règle de théâtre qui est simple, et que j’applique toujours comme facteur, qui consiste à dire OUI. Dans ces tournées, j’apprends à dire oui… Dans le quotidien, on est encombré par beaucoup de choses qui masquent le fait qu’on s’aime ». Vincent dit qu’il vit maintenant les choses à fond, lentement, puis il chantonne qu’en allant tout droit, il s’est retrouvé derrière lui. Altercyclistes, veillons donc à prendre les petits chemins tordus et buissonniers !

Alterjournaliste: Natacha Perriard.