Note : Ici nous relatons le déroulé de la journée de mobilisation en elle-même du point de vue d’un altercycliste. Pour des informations détaillées sur les enjeux de la mobilisation, plusieurs très bons articles sont disponibles en accès libre, en voici quelque-uns :
▶ Dérouler les liens vers les articles
https://www·confederationpaysanne·fr/actu·php?id=16833
Un autre beau récit de cette journée :
https://www·infolibertaire·net/stop-pesticides-recit-de-la-manifestation-du-3-octobre
Le samedi 3 octobre 2026, certain·es altercyclistes se lèvent aux aurores pour attraper un RER gare Saint-Lazare. Là se retrouvent devant le quai un grand nombre de cyclistes de diverses orga militantes. Les rames vides se remplissent de vélos, rendez-vous Mante-la-Jolie, à une heure en train de Paris, où le convoi vélo pour la mobilisation contre les pesticides partira dès 8h du matin en direction de Saint-Pierre-la-Garenne. C’est là que la manifestation appelée par les collectifs Cancer Colère, la Confédération Paysanne, le CSVPO (collectif de soutien aux victimes des pesticides de l’Ouest), et les Soulèvements de la terre, partira vers un site de production de la multinationale de la chimie Syngenta.
À la gare de Mante-la-Jolie les vélos descendent par vague à chaque arrivée de TER, à la sortie des militant·es locaux·ales au top de l’organisation nous apportent force et chaleur avec un ravitaillement en cafés et viennoiseries, et dès 8h une centaine de cyclistes s’élancent par groupe de quinze, guidé·es par la trace partagée à l’avance sur un groupe Signal. La balade matinale de 35km se passe joyeusement, on papote, on fait connaissance, l’itinéraire suit autant que possible la Seine à vélo, la brume sur le fleuve chauffé par les premiers rayons du soleil se dissipe peu à peu sous nos yeux. Plusieurs passages bucoliques et pittoresques nous auraient presque fait oublier notre destination, si nous n’avions pas croisé périodiquement des camionnettes de gendarme observant notre cortège, avec à l’arrivé un commité d’accueil en cuirasse tout de noir vêtu, on fait la queue sur le chemin entre une haie et un champ de maïs, par groupe de 10 nous sommes séparé·es pour une fouille des sacs à la recherche d’objets contondants, avec chien renifleur. Probablement pour arrêter les fumeur·euses de substances illicites dans une volonté de lutte contre le cancer du poumon, c’est logique.

Arrivé à midi au rond-point de rassemblement, une dizaine d’altercyclistes venues de différentes directions garent leurs vélos et se retrouvent tant bien que mal dans la foule immense au milieu des tracteurs de la Conf et des barnums où repas végétaliens à prix libre, boissons chaudes et masques respiratoire sont distribuées (la météo annonce un risque de lacrymos toute l’après-midi, foutu climat répressif).
Plusieurs prises de paroles introductives s’enchaînent sur une scène aménagée sur une remorque agricole. Des malades et proches de malades du collectif Cancer Colère livrent leurs témoignages, nous apprenons que le même groupe industrielle commercialise à la fois les pesticides contre le cancer et les médicaments palliatifs pour soigner le cancer, et que des pesticides interdis en France continuent d’y être produits à destination de pays du Sud dans ce qu’il convient d’appeler un colonialisme chimique. La confédération paysanne nous rappelle le piège de l’agriculture conventionnelle dans laquelle les lobbies de l’agro-industrie poussent cyniquement les agriculteur·ices, premières victimes des pesticides, à s’empoisonner.

Avant même d’avoir commencé, la mobilisation a déjà remporté une petite victoire : Syngenta a dû stopper la production sur son site plusieurs jours en avance, elle a rapatrié ses stocks et est allée jusqu’à démonter des escaliers d’accès effrayé par notre détermination collective. Après les prises de paroles les tracteurs démarrent pour se placer en tête de cortège sous les hourras et les poings levés, les fanfares et chorales militantes se lancent porté par l’enthousiasme général. Nous marchons ainsi dans une ambiance festive en ligne droite sur la D6015, à notre gauche des champs ou poussent en touffes éparses à une centaine de mètres au milieu des sillons des camions de gendarmes et des bonshommes casqués, derrière elleux le site de Syngenta camouflé derrière une bande d’arbres. Pour une fois les gendarmes on l’air en position de faiblesse dans cet espace complètement ouvert sur les flancs de notre cortège évalué à 15 000 manifestant·es ! Est-ce que d’autres gendarmes se cachent plus loin sur le site ? Est que la répression débridée du mouvement lycéen commencé quelques jours plus tôt créé par vase communiquant un vide dans la répression des défenseur·euses du vivant ?

Arrivée à auteur du site la marche s’arrête, le collectif cancer colère installe devant les gendarmes un cimetière symbolique, une forêt de piquet où sont accrochées les pancartes portées par les manifestant·es avec sur chacune le nom et l’age d’une victime des pesticides. S’en suit pendant une dizaine de minutes un crachin continue de lacrymo tirées depuis un quad. C’est comme ça, la météo répressive c’est capricieux, heureusement le vent en notre faveur balais vite les gaz. De l’autre coté de la route, le champ « autorisé » est investi pour de nouvelles prises de parole, suivi d’un concert de Yoa (lui non autorisé. Vous ne suivez pas ? C’est normal c’est fait pour), on danse avec une énergie folle. Le ravitaillement propose boissons et en nourriture avec des wraps toujours végétalien et toujours à prix libre. Un hélicoptère tente sans succès de gâcher la fête avec des messages désobligeant, mais finalement la menace de saisie des tracteurs aura raison de la fête… Ou pas, car les fanfares ne s’arrêteront jamais sur tout le chemin du retour en sens inverse, et on traînera les pieds en solidarité des bénévoles resté·es sur le champ à ranger les installations. C’est que la répression politique à l’affût attend le moindre signe désunion, même involontaire, diviser pour mieux arrêter.
De retour au rond-point aux alentours de 21h, comment les altercyclistes ont-iels bien pu se rendre à 40 km sur le lieu de campement autorisé par le préfet ? Eh bien iels ne s’y sont pas rendu·es ! L’AlterTour dispose d’un réseau tentaculaire, avec autour de 400 participant·es chaque été on a des contacts partout dans l’hexagone, des ami·es d’ami·es (et leurs adorables parents en l’occurrence). Ainsi ce soir-là nous sommes hébergé·es chez l’habitant·e à Gaillon, à seulement 15 minute en vélo ! Nous apprenons que dans son zèle le préfet à interdit pendant une semaine à toustes les habitant·es de transporter des bidons d’essence et autre instruction du même acabit, si bien que la présence de la funeste usine de pesticide largement ignoré par la population est désormais connue de toustes, tant mieux ! Souhaitons que les groupes d’opposant·es locales fleurissent à présent jusqu’au désarmement de cette industrie de mort !
Alterjournaliste Mathieu








