Auto et Eco-contructions dans le Jura

Mathieu Bourgogne-Franche-Comté, Édition 2013, Habitat

Départ de Biolopin

Notre petite troupe a été réveillée par Sylvie et Julie, qui se sentant inspirées par la quiétude de l’écolieu de Biolopin, nous ont offert un chant mêlant aussi bien cri simiesque que bitbox psychédélique.

Avant de reprendre la route, Julien et Rose, notre bienfaiteuse locale, on inauguré une des places de ce lieu enchanteur qui sera désormais appelé « place des cyclistes ». Départ plein d’émotions, chargé de la chaleur de cette femme au grand cœur.

Arrivée à Reithouse

La route fut si courte (7 km, majoritairement de la descente) qu’à peine arrivés à Reithouse, notre joyeuse bande d’altercyclistes entame une série de tours de la place du village essayant tant bien que mal de dessiner des courbes harmonieuses sur cet espace réduit. A 60 sur une petite place, la chorégraphie devient une véritable prouesse.

Atelier d’authenticité

Nous sommes déjà en retard pour l’atelier de Vincent. Il nous propose un atelier d’authenticité. Le principe est simple : après une courte pause relaxante, nous marchons lentement, empruntant des chemins plus ou moins aléatoires, d’abord en nous recentrant sur nous même puis en levant la tête pour prendre conscience de ceux qui nous entourent et dont les pas croisent les nôtres. Après une minute de ce mouvement cahin-caha, nous nous arrêtons et nous mettons par deux avec une personne alors proche de nous.

Vincent nous demande de reprendre la phrase suivante en la complétant : « Quand je te vois, je me dis que… ». Cette phrase sera répétée et complétée pendant une minute par une des deux personnes, puis la deuxième fait de même pendant une autre minute. Nous reprenons ensuite notre pérégrination chaotique avant de choisir un nouveau partenaire. Nous avons ainsi fait 3 autres tours d’échanges avec diverses phrases à compléter : « Dans la vie j’aime bien que… », « Si tu me connaissais tu saurais que… », « Si je te disais quelque chose que je ne suis pas censé te dire, ce serait… ». D’autres phases d’échange nous sont également proposées. Dans l’une d’entre elles notamment, la moitié du groupe s’assoit en cercle, yeux fermés pendant que l’autre moitié des participants choisissent une personne avec qui ils souhaitent faire plus ample connaissance. Celui qui a choisi la personne assise, lui pose toutes les questions qu’il souhaite.

A la fin de cette séquence la personne qui répond lui révèle celles qu’il a ou non appréciées. Enfin, celui qui a posé la question donne ses impressions sur cet échange. Cet exercice en apparence anodin nous force à réfléchir à qui nous sommes, à observer celui avec qui l’on échange, à nous demander ce que nous sommes prêt à partager ou non, ou encore à faire preuve de créativité quand nous ne souhaitons pas rentrer dans la confidence.

Visite des maisons éco et auto-construites

A Reithouse nous avons eu la chance de visiter deux maisons bien différentes : la maison auto-construite de Toune, la mère de Mathieu, fabriquée il y a environ 30 ans avec des matériaux locaux pour un prix défiant toute concurrence ; et celle de ses voisins, une maison éco-construite, ultra-performante en terme de consommation d’énergie.
La maison éco-construite est en bois (du chêne –olivier), assemblé par le procédé « Thoma Holz » qui vient du Luxembourg, et isolée par de la laine de bois. En plus de l’isolation générale de la maison, une VMC double flux alimentée par un puits canadien à 2 m de profondeur, permet de limiter fortement les variations de température dans la maison. Par exemple, en hiver, alors que la température extérieure peut descendre sous les -20°C, l’air amené par la VMC est toujours à 15°C… Les quelques degrés nécessaires pour arriver à une température souhaitable de confort étant apportées par du solaire thermique complété par une cuisinière au bois de 6kW. Cette année, seulement 3 stères de bois on ainsi dus être utilisés pour le chauffage, contre environ 30 pour une maison plus « classique » équivalente. Un système de récupération des eaux de pluie, couplé à une cuve en béton de 6m3, est utilisé pour la douche et les toilettes.
Seul bémol, le prix : notre guide nous annonce un 2 850€/m² soit environ 500 000 € la baraque, mieux vaut être riche pour être écolo…

La maison de Toune est dans un tout autre style : en bois cordé, poutres apparentes à l’intérieur, ils ont tout fait eux-mêmes avec des matériaux du Jura pour une somme près de dix fois moins importante. Le résultat est certes moins bon en terme de consommation, mais a le mérite de n’utiliser que de la main d’œuvre et des matériaux locaux. La maison est également plus authentique et s’intègre parfaitement au décor. Je reste impressionné par le travail accompli en seulement trois étés (un premier pour la taille, l’écorçage et le séchage du bois puis les deux autres pour la construction elle-même) : Toune a beau m’assuré que la construction en bois cordé est simple et ne nécessite pas de porter de lourdes charges, je reste perplexe en levant les yeux sur les poutres massives au dessus de ma tête… Toune en profite pour nous montrer quelques photos de Mathieu, alors enfant jouant entre les échafauds et les copeaux de bois, faisant de ce chantier son terrain de jeux.

Promenade en forêt de nuit et bal improvisé

Le soir, juste après le repas, Laure, la voisine de Toune, nous propose une promenade en forêt de nuit éclairée seulement par le clair de lune et les étoiles. Nous nous retrouvons plonger dans un univers inconnu, dans le noir, les sens aiguisés et en alerte. Nous faisons même l’expérience de nous asseoir quelques minutes, seul(e), dans un coin des bois, essayant de distinguer chacun des bruits qui nous entourent. Dans le ciel, la voie lactée apparaît nettement et les constellations sont comme dessinées, nous profitons de l’obscurité pour mieux apprécier la lumière.

Paroles d’enfants

J’ai profité de la présence de 4 enfants sur l’AlterTour à cette période pour recueillir leurs impressions, une confidence, une émotion.

Antonin (4 ans) : « A l’AlterTour il y a Gilles que j’aime bien, et tous les gens qui sont barbus et même Crapouille ».

Ambroise (5 ans), portant un casque de vélo de pirate, me confie : « j’ai de la force parce que y’a la nuit et puis après je suis très fort. Et après des fois je bois de l’eau.»

Timothée (7 ans) a un peu peur de rater le spectacle (NB : sous la direction artistique de Louis, Antonin, Ambroise, Timothée et Louis, nous ont proposé un spectacle de leur composition, un spectacle où la magie côtoie la forêt, où l’ours est l’ami du sorcier, où les coucous rappellent la course du temps et où les garçons doivent être prudents lorsqu’ils sortent de chez eux…). « Parfois, c’est un peu la galère parce qu’on a peut être tout mélangé dans la mémoire et après on peut se tromper…»

Dans la salle où les enfants font donner leur représentation, Ambroise me donne une astuce : « c’est derrière la meilleure place pour le spectacle ».

Louis (8 ans), lui aime bien l’AlterTour parce qu’on y fait du vélo. Parfois il s’ennuie un peu pendant les pauses parce qu’il n’y a pas beaucoup de « petits ». La soirée qu’il a le plus aimé était la première à Reithouse parce que les enfants ont fait un spectacle et qu’il a dansé.

Interview des d’Jeunes

Outre les enfants, un certain nombre d’ados ou jeunes de moins de 20 ans participaient à l’AlterTour à ce moment là, j’ai donc pris mon stylo et mon carnet pour essayer de récolter certaines de leurs impressions.

Fanny (12 ans)

Pourquoi es-tu venue à l’AlterTour ?
F. : J’étais déjà venue l’année dernière et j’avais envie de revenir.

Est-ce que tu pourrais me dire quelque chose que tu as adoré pendant cet AlterTour ?
F. : Le fait d’être avec tout le monde, qu’on soit toujours tous ensemble.

Et quelque chose qui ne t’a pas plu ?
F. : Me laver les cheveux à la douche solaire, c’est pas pratique quand on a les cheveux longs.

Maia (13 ans)
Pourquoi es-tu venue à l’AlterTour ?
M. : Parce que j’aime bien, j’y apprends plein de choses et que je rencontre plein de gens intéressants.

Est-ce que tu peux me raconter une expérience qui t’a marquée lors de cet AlterTour ?
M. : Le buf de Luc le mardi 6 août, avec son rap improvisé et la participation de tout le monde. Tous voulaient se rendre utiles, soit en jouant de la musique soit en frappant dans les mains, c’était magnifique.

Si tu étais un ninja quelle serait ta journée type à l’AlterTour ? Je gesticulerais, j’apparaîtrais et disparaîtrais, je ferais des choses bonnes aux gens sans même qu’ils ne s’en rendent compte. Je serais l’ange gardien de tout le monde.

Luc (14 ans)
Qu’est-ce que tu aimes à l’AlterTour ?
Y’a plein de monde.
J’aime bien chanter (le soir de l’interview, il nous a refait un super buf-rap-fluttes et autres instruments).

Pierre (15 ans)
Pourquoi es-tu venue à l’AlterTour ?
P. : J’y suis venu chercher des rencontres, surtout au sein du groupe, tirer profit de l’expérience des autres, également un autre rythme de vie loin du quotidien, de la découverte, de l’activité physique, des bons moments (d’ailleurs c’est peut être mon meilleur AlterTour…)

Si tu avais 10 ans de plus, comment aurais-tu vécu l’AlterTour ?
P. : Si j’avais 10 ans de plus, j’aurais bien continué les soirées toute la nuit. En allant me coucher tôt j’ai parfois l’impression de ne vivre que la moitié de ce qui se passe à l’AlterTour. Je serais également plus allé vers les gens et j’aurais fait plus de visites.

Marine (16 ans)
Pourquoi es-tu venue à l’AlterTour ?
M. : Pour l’ambiance et parce que ça correspondait à mes valeurs.

Quelles valeurs par exemple ? M. : Le partage des tâches, l’autogestion ou encore l’écologie.

Est-ce que cette expérience pourrait t’inspirer dans ta vie quotidienne ?
M. : Oui car ça m’a permis de changer ma vision sur la vie et les autres, par exemple j’ai pris conscience à l’AlterTour qu’il y avait beaucoup de gens qui ont les même valeurs que moi. J’en connaissais déjà dans mon entourage mais ne me rendais pas forcément compte qu’il y en avait autant.

Qu’est-ce que tu dirais à un(e) ado qui devait venir à l’AlerTour ?
M. : Que c’est une expérience unique qu’on n’a pas l’occasion de vivre tous les jours.

Louis (17 ans)
Pourquoi es-tu venue à l’AlterTour ?
L. : Pour l’autogestion synonyme de liberté.

Est-ce que l’AlterTour t’a donné envie de t’investir dans un projet ?
L. : Les rencontres que j’ai pu faire m’ont montré qu’il y a d’autres chemins dans la vie que la seule voie des études. D’autres pistes à explorer. Sinon j’aimerais bien lancer une association du type « fruits malins » dans ma ville (à Maurecourt près de Conflans, dans le 95). Je trouve le concept simple mais efficace. Je commencerais bien dès la rentrée prochaine, mais mon but est de lancer le concept et qu’il puisse s’auto-entretenir sans forcément avoir besoin de le gérer.

Lucille (20 ans)
Pourquoi es-tu venue à l’AlterTour ?
L. : J’avais envie de vivre une expérience forte et ma mère, ma sœur et mon frère en avaient beaucoup parlé à la maison. J’avais également envie de faire un peu de sport.

Est-ce que quelque chose t’a inspiré à l’AlterTour ?
Oui, j’ai notamment trouvé qu’il y avait des couples originaux et épanouis. Je crois que j’ai aimé leur fonctionnement avec beaucoup d’indépendance.

Vincent (29 ans)
Si tu étais un cornichon comment t’habillerais-tu ?
V. : Justement je me posais cette question pas plus tard qu’hier. C’est assez délicat, on ne peut y répondre simplement. Tout dépend du type de cornichon, est-ce un cornichon des villes ou de la campagne ? Quel est son métier ? Est-ce qu’il se rend à un mariage ?
Bon, si j’étais un Molasol dans un bocal, alors plutôt en salopettes et je voterais Coluche.

Vincent