Étape du 21 juillet : Le Potager d’un curieux à Saignon

Mathieu Agriculture, Édition 2011, Provence-Alpes-Côte d'Azur

Aujourd’hui, Jean-Luc Daneyrolles nous fait les honneurs de son « alter-propriété » : Le Potager d’un Curieux. En sa personne nous retrouvons l’homme de conviction et l’esprit militant dans lequel il enracine son métier depuis plus de 30 ans. Le Slogan « RESISTANCE IS FERTILE » nous interpelle aussitôt sur le T-SHIRT qu’il arbore. Visiblement heureux de nous rencontrer sur son vaste domaine, il se tient d’emblée à notre disposition et nous parle de sa région, le pays d’Apt, au coeur du Parc Naturel Régional du Lubéron, haut lieu d’attraction touristique. C’est là que se niche son fabuleux Potager, conservatoire ô combien unique et vivant de multiples espèces négligées ou en perdition. De Kokopelli à Semences paysannes, il nous manquait de découvrir ce lieu où des clients du monde entier viennent acheter parmi les 250 espèces de plantes qu’il fait sortir de terre chaque année.

L’accueil, vers les 15h30, se fait – plus qu’une anecdote – aux « Haribos locaux », nous permettant de nous instruire aussitôt. De petites tomates étalées sur un grand plateau captent nos regards: 11 variétés aux formes tellement diverses – et dont nous vous épargnons les noms aussi poétiques que savants – nous le découvrirons un peu plus tard dans la journée – font tant de bonbons multicolores : rouges, jaunes ou verts. Un vrai bon truc pour redonner aux enfants le goût de la tomate nous glisse notre hôte.

D’une érudition délicieuse, il se reconnaît bavard mais sa science agricole – nous transporte à travers les siècles et les millénaires : du Néolithique à aujourd’hui en passant par l’époque romaine, le fil de ses observations et la richesse historique du lieu est unique. La présentation de son Jardin des Merveilles Botaniques n’est interrompue que par une petite explication de texte – article XXXV de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1793 oblige – sur la position militante de ses collaborateurs au sujet des OGM. Car, nous est-il rappelé, il ne s’agit pas de refuser les OGM simplement pour être « contre » – mais bien d’appliquer le principe de précaution: nous ne savons pas en l’état actuel des recherches scientifiques – inacceptables ailleurs qu’en « milieu clos » – à quel avenir ils nous conduisent.

Ce lieu magique témoigne de sa passion pour un lieu et pour une pratique basée sur la découverte ou la redécouverte la sélection des espèces mais aussi sur celui du partage : l’Art du jardinage et, par là, celui de la préservation de la biodiversité. La biodiversité, ce « concept chevelu » dont nous n’aurons pas exploré toute la complexité au cours de la veillée autour du feu qui suivra.

Nous restons ici deux jours qui ne suffiront évidemment pas à satisfaire notre propre curiosité pour tous les trésors ici présents – sans compter que nous avons gagné ici un repos bien nécessaire après 65 kilomètres parcourus par monts et par vaux contre les facéties d’Eole.