Echappée belle allemande du 21 au 25 août 2018 : De Freiburg à Taubergiessen

Sigolène Allemagne, Édition 2018, Echappée Belle

L’échappée belle allemande, c’est 8 cyclistes qui ont quitté le grand groupe AlterTour pour aller voir les alternatives de l’autre côté du Rhin. Ils n’ont pas été déçus ! Dutti nous raconte

21 août: UNGERSHEIM – FREIBURG (66 km)

Nous laissons partir le grand groupe AlterTour afin de faire connaissance au cours d’un cercle de parole : chaque participant se présente et évoque ses points forts et faibles ainsi que d’éventuels besoins spéciaux.

Nous prenons la direction de Fessenheim, et l’approche de la centrale, nous voyons de grandes banderoles protestant contre sa fermeture annoncée. Au barrage de Fessenheim, il y a une exposition sur différentes énergies. Un homme nous explique la transformation de l’énergie hydraulique en électricité.

Arrivés en Allemagne, nous faisons la première expérience d’un magasin à la ferme, nombreux dans cette région agricole. Un stand de fruits avant la ferme, puis un espace accueillant sur cour et à l’intérieur, plein de produits alléchants. La fermière prend notre tract avec intérêt et nous donne quelques tomates de variétés spéciales en plus.

Nous longeons le joli petit massif du Tuniberg, planté en vignes. La plaine est plutôt agricole. Nous contournons Freiburg par l’Ouest, pour aller au camping Am Silbersee (« Au lac argenté »), les estomacs et poches pleines de pommes vues et ramassées par terre en abondance.

22 août: FREIBURG (33 km)

Dans la matinée, Astrid Mayer de l’institut Freiburg Future Lab nous fait visiter l’écoquartier Vauban (6000 habitants). C’était une friche militaire, transformée par et pour des autopromoteurs en habitat groupé selon une conception du vivre ensemble de manière apaisée, conviviale et écologique.

Nous sommes attendus par Hartmut, Brigitte et Rainer des Jardins urbains et par Reinhild de l’association de quartier. Le jardinage se fait sur butte ou bac, car le sol est pollué : autrefois, c’était le lieu de lavage des chars et camions. Les jardiniers améliorent la terre avec du compost et nous montrent « l’élevage des lombrics ». Ils nous ont préparé un pique-nique au « Palais des saules » (dôme formé par des branches de saule plantées qui ont poussé le long de tiges métalliques). Cette douceur et considération qu’ils expriment envers tous – attitude salutaire dans un monde plutôt rude!

Ensuite, nous sommes accueillies au Green City Hotel par Monsieur Wiebe, hémiplégique, qui nous expose les principes de l’hôtel: 50% des salariés sont porteurs de handicap; production d’énergie par un toit photovoltaïque; verdure (façade couverte de plantes grimpantes); aliments locaux biologiques (venant d’une ferme où travaillent aussi 50% de personnes handicapées).

Après un tour sur le marché de producteurs, nous partons pour Radio Dreyeckland, au centre ville (« radio du pays des trois coins » = Allemagne, France, Suisse). Dans les années 70, après les luttes contre les centrales nucléaires de Fessenheim (échec) et de Wyhl (succès), c’était une radio pirate, liée à des squats. Nous enregistrons un interview (table ronde) où on nous demande entre autre notre opinion critique sur ce que nous avons vu à Vauban.

23 août: FREIBURG – EICHSTETTEN – ENDINGEN – AMOLTERN (33 KM)

Au petit matin, baignade au Silbersee. Dans la matinée, nous pédalons jusqu’à Eichstetten, commune qui a le plus de fermes bio de la région (et beaucoup de magasins de producteurs). Nous pique-niquons au Samengarten (« Jardin des semences »), institut de recherche et de conservation de variétés anciennes (fruits, légumes, céréales). Nous y apprenons l’importance de préserver les Streuobstwiesen (= « vergers où les fruits se répandent » par terre – et où on peut se servir en passant).

Puis nous allons au Café Mitnander (« Café ensemble ») où 50% des salariés sont porteurs de handicap intellectuel. Nous pouvons nous désaltérer et goûter aux excellents gâteaux fabriqués sur place avec des ingrédients locaux.

Nous contournons le massif volcanique du Kaiserstuhl (« chaise de l’empereur ») par l’Est. De belles vignes poussent sur les coteaux qui sont les plus chauds et ensoleillés d’Allemagne.

Le village d’Endingen est très pittoresque; dommage que le musée du fromage soit fermé. Pour aller à Amoltern, notre étape, nous rentrons dans le massif; la seule vraie côte de notre échappée belle.

Depuis le Steinhaldehof (« ferme du versant des pierres »), on a une vaste vue sur le village, la plaine du Rhin et les Vosges. Nous nous mettons à planter les tentes. Puis arrive Helmut Fischer, le fermier. Il nous apporte à boire et un grand plateau de prunes et nous parle de sa ferme, que son père et son grand-père ont déjà tenu : vignes, fruitiers, soja pour une marque de tofu, un peu de maraîchage (qui demande beaucoup de main d’oeuvre). Pourquoi est-il passé au bio? Au début, parce qu’il avait des éruptions cutanées aux mains en mélangeant les produits chimiques. Ensuite, il remettait en question l’alimentation polluée qu’il produisait. Et enfin, les prescriptions et normes et la dépendance des prix des grossistes l’ont agacé. Ce dernier problème existe aussi en bio; mais en écoulant une partie de sa production en vente directe (marchés), il a le contact avec les clients et fixe ses prix. Helmut nous fait déguster ses quatre vins excellents et nous explique la distillation (l’alambic est dans la pièce).

24 août: AMOLTERN – TAUBERGIESSEN – NONNENWEIER (50 km)

Nous passons non loin du village de Wyhl. Ici, la résistance contre un projet de centrale nucléaire, menée de 1974 à 1983, a résulté en son abandon. Elle a fédéré vignerons, agriculteurs, citoyens divers, associations, églises… en Allemagne, France et Suisse; en tout, trois centrales nucléaires et une usine chimique (plomb) ont pu être empêchées dans la région, mais pas la centrale de Fessenheim.

NAI hämmer gsait! (« Nous avons dit NON! ») Ni à Wyhl ni ailleurs! Plutôt actifs aujourd’hui que radioactifs demain! Etc. Cette lutte a largement contribué à une prise de conscience écologique générale. Des associations de protection de la nature sont devenues associations de protection de l’environnement et de la nature. Des propositions d’énergies alternatives (solaire etc.) ont été développées; ainsi Freiburg, ville universitaire proche, est devenue la « cité verte » où foisonnent réalisations et recherches en la matière.

Au Leopoldskanal (canal construit par le duc Leopold), nous avons rendez-vous avec Gerhard Lörcher, notre guide local. Avec ses 83 ans, en pleine forme, il arrive sur un vieux vélo à trois vitesses. Il nous explique l’histoire géologique de la plaine du Rhin, large d’environ 40 km. Nous sommes impressionnés par les nombreux Gießen (= grandes résurgences d’eau du Rhin qui s’était infiltrée et qui ressort là où le sol est imperméable (argileux)).

Afin d’avancer vers le Nord, nous voulons rejoindre la digue du Rhin. Mais elle est en réparation et certaines sections sont fermées. Nous nous aventurons sur un petit sentier parallèle, qui comporte des troncs d’arbres tombés en travers; les hommes soulèvent les vélos chargés un à un puis les font passer sur un petit pont provisoire – moments inoubliables! Une pluie fine tombe.

Vers 18 h, nous arrivons à Nonnenweier où Rudolf Duschka a préparé son verger pour nous accueillir. Après le dîner, nous allons le voir au village et il nous montre son jardin, entièrement aménagé pour accueillir la biodiversité, et quelques sculptures en matériaux récupérés : mini-mares, hôtels à insectes, nichoirs pour oiseaux et chauve-souris, tas de bois, de pierres, aromates, fleurs, mémorial de la voiture… Il nous apprend ce dont a besoin telle ou telle guêpe, bourdon, frelon ou abeille sauvage et quelle est l’importance de leur préservation. Gerhard et Rudolf sont actifs au NABU = Naturschutzbund Deutschland (« Fédération de protection de la nature Allemagne »).

25 août: NONNENWEIER – KOLBSHEIM (55 km)

Nous traversons le Rhin au Sud de Kehl et allons jusqu’à Kolbsheim où des zadistes et autres activistes cherchent à empêcher la construction du Grand Contournement Ouest de Strasbourg (GCO), et rejoignons le festival Bishnoi.

Un feed-back entre nous clôt notre Échappée Belle. Nous avons la joie de retrouver le grand AlterTour.

Une aventure humaine merveilleuse, avec des imperfections, mais surtout riche et positive! Des accueillants superbes et des participants géniaux!

Autrice : Dutti