Sur les Terres Froides, la chaleur du collectif

Anouchka Edition 2022, Auvergne-Rhône-Alpes, BièreTour, Bière, Économie

Un départ en musique

C’est sur un « boum boum boum » endiablé qu’on se réveille (pour ceux qui ont souhaité, ou tout simplement réussi, à dormir). La bouche empâtée, les oreilles encore pleines des concerts de la veille : et oui, chère lectrice, cher lecteur, hier soir on était tous à Bien l’Bourgeon, où l’Altertour a passé bien l’bonjour aux teufeurs du moment, une binouze dans chaque main (de la brasserie artisanale du Val d’Ainan, of course!). Et c’était super. Un GRAND merci à nos merveilleux accueillants.

Le départ est difficile, mais on est très motivé.e.s : aujourd’hui, on rend visite à la brasserie Les Bières du Temps. Il s’agit d’un projet local (brasserie artisanale, distribution dans un périmètre régional), engagé (consigne des bouteilles, mise en avant de matériaux recyclables, etc.), mais surtout – et c’est ce qui nous intéressait particulièrement lors de cette rencontre – indépendant et collectif. Oui, car Les Bières du Temps est…une SCOP ! Une Scop, kézako ?

C’est le petit surnom mignon pour Société COopérative et Participative.

À la découverte de la SCOP « Les Bières du Temps »

Hier (parce qu’on n’a pas fait que danser non plus) on a fait un petit tour de parole, guidé par Anaïs (notre préparatrice d’étape de l’enfer), sur ce que ce thème nous évoquait : « organisation horizontale », « répartition des salaires plus égalitaire », « processus de communication bienveillante », « volonté de faire participer chacun au processus de décision », « risque de se faire déborder par le collectif », sont entre autres des éléments qui ont été évoqués.

Et les Bières du Temps, elles en disent quoi ? C’est ce que Cécile, coopératrice-fondatrice de la brasserie, a pris le temps de nous expliquer. La fatigue n’a pas entamé notre enthousiasme et notre curiosité, nous l’avons assaillie de questions, auxquelles elle a répondu avec patience et bienveillance.

Qu’est-ce qu’une SCOP ?

Vous retranscrire l’intégralité de cet échange serait bien trop long (c’est qu’on est bavard), en voilà donc un résumé :

le choix de la SCOP est parti d’une volonté militante, faire en sorte que chacun ait sa part dans l’entreprise. Non, ça n’est pas le paradis : il y a des hauts et des bas, le facteur humain n’est pas toujours facile à gérer. D’ailleurs, Les Bières du Temps ont décidé de faire appel à une facilitatrice pour découvrir des nouvelles méthodes de gestion collective apaisée, afin de calmer les tensions éventuelles et d’éviter les conflits.

Et non, être en SCOP ne détermine pas tout : certaines entreprises qui n’ont pas ce statut peuvent, elles aussi, fonctionner comme une coopérative.

Mais ce qui fait la particularité d’une entreprise en SCOP c’est :

– l’obligation d’investir au moins 33 % des bénéfices dans les fonds propres de l’entreprise.

– l’obligation de reverser une partie de ces bénéfices aux salariés.

– un plafonnement des dividendes que vont toucher les coopérateurs à hauteur de 33 % des bénéfices.

– la possibilité pour chaque salarié de devenir coopérateur s’il le souhaite (et s’il est en accord avec les fondamentaux de la société).

– 1 coopérateur = 1 voix. Interdiction à l’un des coopérateurs d’avoir 50 % ou plus des parts de l’entreprise.

Il était une fois aux Bières du Temps…

Pour la Bière du Temps, ça a commencé tout petit, avec 200 hectolitres par an et 2 coopérateurs, et aujourd’hui c’est 1000 hectolitres par an et 6 salariés dont 4 coopérateurs.

Ce qui réunit les membres de la brasserie ? Une volonté de changement, vu qu’aucun d’eux ne venaient du secteur de la bière (entre les profs de lycée agricole, la thésarde, l’ancienne postière, etc), et l’envie de participer à un projet ancré sur son territoire et indépendant.

Robert et Cécile, les coopérateurs-fondateurs, ont donné beaucoup de leur temps voire de leur santé dans la création de la coopérative (semaine de 50 à 70h, opération de l’épaule pour Cécile). Créer son entreprise n’est pas toujours évident. C’est sans regret, bien au contraire, mais l’arrivée de coopérateurs plus jeunes (entre 30 et 35 ans), qui sont venus avec des concepts de vie et de travail différents, permet de pouvoir se reposer sur le collectif et de faire évoluer la brasserie sur certains points (comme le fait de pouvoir régulièrement dégager un jour de repos dans la semaine quand c’est possible). Chaque membre apporte sa pierre à l’édifice.

Apprendre à déléguer et à se faire confiance

Être en coopérative ne signifie pas qu’il n’y a aucun gérant : tous les 5 à 7 ans les membres élisent en AG un.e coopérateur-trice pour représenter la brasserie. Cela n’empêche pas les décisions d’être prises collectivement, lors de réunions hebdomadaires et mensuelles. Mais par ce mandat on confie à une personne la tâche de fixer le cap et de cadrer l’organisation de la brasserie.

Cécile l’affirme : «  La prise de décision collective c’est pas toujours évident, on a tous des fondamentaux communs mais pas toujours les mêmes valeurs. La facilitatrice nous a dit qu’il ne fallait pas se sentir obligé de prendre chaque décision tous ensemble, surtout les plus petites. Ça crée plus de tensions qu’autre chose, trop de pression. Il faut apprendre à déléguer et à se faire confiance. »

Merci Cécile pour ce bel échange, ainsi qu’à Charlotte – qui est intervenue pour répondre à quelques unes de nos questions et dont nous avons envahit le lieu de travail.

On reviendra avec plaisir pour boire quelques bières sur les « Terres Froides ». A la vôtre !